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Mariage homosexuel et "homoparentalité"

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Que des homosexuels souhaitent en quelque sorte normaliser leur relation et intégrer une institution qu’ils avaient eu d’autant plus tendance à moquer qu’ils en avaient été exclus depuis sa fondation – le mariage, c’est une bonne nouvelle. Une bonne nouvelle pour la solidité de cette institution. Que des couples homosexuels pérennes puissent bénéficier des mêmes droits civils et sociaux que les couples hétérosexuels (pension de réversion du conjoint survivant, héritage, etc.) me paraît difficilement contestable. Comment refuser à celui ou à celle qui a partagé votre vie les droits qui lui permettraient de la finir dignement sans vous, si seulement il avait été du sexe opposé ?

C’est pourquoi, sans doute, le dernier sondage en date sur ces questions (IFOP, au mois d’octobre) montre l’existence d’une majorité assez conséquente (61 %) en faveur du mariage homosexuel , Par contre, on assiste à un assez net retournement de l’opinion sur la question de l’adoption d’enfants par les couples de même sexe : une majorité - 52 % des sondés - y est désormais hostile.

Cette hostilité, que le gouvernement serait bien inspiré de prendre en compte, doit beaucoup aux prises de positions de psychiatres, de psychanalystes, de penseurs de la sexualité, parfois classés à gauche, qui ont défié les arguments faciles du boboïsme médiatique . Cela leur a valu anathèmes et insultes, car l’intolérance et le refus du débat sont monnaie courante dans le camp d’en face. Quelques exemples.

Le docteur Pierre Lévy-Soussan , spécialiste des questions d’adoption, dénonce le passage dans le langage courant du terme « homoparentalité », « dépourvu de sens du point de vue psychique », comme biologique. « L’utilisation de cette novlangu e pour désigner des situations multiples (enfant nés d’une union sexuelle antérieure ou par adoption, aide médicale à la procréation », dit-il, déqualifie son objet pour le rendre maniable à d’autres logiques . » Et encore : « Les enfants dans une situation homme-femme-enfant sont mieux protégés sur un plan psychique que dans toutes les autres situations ». « Pour se structurer, un enfant a besoin de la différence des sexes . La reconnaissance par la loi de deux parents du même sexe reviendrait à dire qu’elle n’existe pas, ou qu’elle ne compte pas. »

Même idée, chez le pédopsychiatre Christian Flavigny , responsable du département de psychanalyse de l’enfant à La Salpêtrière : « Dire à un enfant qu’il est né de la relation amoureuse de deux adultes du même sexe, c’est introduire un faux dans sa filiation. Plaquer un mensonge sur son origine. Tout enfant sait qu’il est né de l’union d’un homme et d’une femme , qu’elle soit fugace ou pérenne, naturelle ou médicalement assistée. »

Jean-Pierre Winter, psychanalyste, président du Mouvement du coût freudien, qui vient de publier un excellent livre intitulé « Transmettre (ou pas) » dit de l’homoparentalité : « l’enfant devra démêler une question difficile. Celle d’être le produit du désir de deux personnes qui ne peuvent pas engendrer . Dans cette situation, comment arrivera-t-il à définir ce qu’il est ? »

Sylviane Agacinski , philosophe : « La distinction entre les sexes est fondamentalement relative à la procréation, disait déjà Platon. Et elle n’est nullement remise en cause par les formes du désir et du plaisir sexuels : face à la procréation, c’est le sexe de l’individu qui importe et non les pratiques sexuelles . (…) Il s’agit d’inscrire l’enfant dans l’ordre de la génération sexuée, et de ne pas faire de lui un produit fabriqué, à l’aide de matériaux biologiques anonymes. La filiation est universellement bilatérale (un côté masculin, un côté féminin), parce qu’elle reproduit la structure de la génération sexuée. On est père ou mère, en fonction de son sexe, non de sa sexualité. » Et encore : « Le mariage repose encore sur l’union de deux sexes en raison de leur complémentarité dans la génération . »

Certains hommes politiques de gauche ont fait connaître leurs réserves, comme Lionel Jospin, Elisabeth Guigou, ou Bernard Poignant . Laurent Bouvet a dit de son côté : « Le gouvernement a ouvert une boîte de Pandore. L’élite socialiste n’imagine pas combien, sur ces questions, la société, les élus de province, ne sont pas en phase avec elle . »

Enfin, je recommande deux lectures à ceux qui veulent réfléchir hors des slogans faciles : le débat figurant dans le dernier numéro de la revue Esprit, sous le titre « les controverses du « mariage pour tous » (entre guillemets) et le document de 25 pages envoyé au président de la république par le Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim , intitulé « Mariage homosexuel, homoparentalité et adoption : ce qu’on oublie de dire », qui est disponible sur internet et qui est sans doute la charge la mieux argumentée contre ce qui se prépare. Même les catholiques le reconnaissent…

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