LE DIRECT

Mario Monti, modèle italien ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Le livre que vous co-signez, Sylvie Goulard, avec Mario Monti, "De la démocratie en Europe" , est attendu avec curiosité. C’est aussi que nombre de bons esprits vont répétant que notre amie l’Italie, victime des mêmes maux que nous, mais encore plus mal en point – dette publique astronomique, classe politique inefficace et discréditée, économie peu compétitive et système de protection sociale d’un autre âge » - cette Italie-là est en train de se réformer beaucoup plus vite que nous . Et que si elle le fait, c’est grâce à la poigne d’un technicien sans ambitions politiciennes, plus ou moins imposé par l’Union européenne, « Il Professore » Mario Monti.

« Cette équipe a plus transformé le pays en douze moi que les précédentes en dix ou vingt ans », estime le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria, dans Enjeux-Les Echos. « Elle s’est attaquée frontalement aux points faibles traditionnels de l’Italie, comme la rigidité du marché du travail ou les retraites. »

Il faut se souvenir que l’actuel président du conseil italien a été un membre assidu de la Commission Attali pour la libération de la croissance. Il en a retenu l’idée selon laquelle la rigueur budgétaire ne peut, à elle seule, rétablir les finances publiques. Il faut les accompagner de réformes de structure, afin de libérer la croissance, en faisant sauter les verrous. Sur la voie d’une conversion d’une économie de la demande à une économie de l’offre, proclamée récemment par François Hollande, l’Italie nous précède.

A la lumière de cet exemple italien , on comprend mieux la logique de votre livre à quatre mains. Vous nous dites : les gouvernements nationaux sont composés de politiciens obsédés par les échéances électorales. Leur logique est celle du court terme, alors que les réformes doivent nous mettre en situation d’affronter le long terme. Dans la mesure où elles remettent en cause des équilibres fragiles, les réformes sont rarement populaires sur le moment . Leurs effets bénéfiques ne se réalisent qu’après plusieurs années. Le chancelier Schröder a été battu en 2005 – pour avoir réformé en profondeur le système allemand de protection sociale. Aujourd’hui, il est unanimement encensé comme le sauveur de l’Allemagne…

Les Etats du Nord de l’Europe, habitués à des démocraties plus pacifiques , dotés de partis, de syndicats plus ouverts au compromis, sont plus faciles à réformer. Parfois, ils l’ont fait après avoir touché le fond, comme la Suède, dans les années 90. L’Allemagne elle-même, au début des années 2000, était présentée comme « l’homme malade de l’Europe », ruinée par sa réunification…

La crise financière nous a tous pris de vitesse . Par mer calme et vents faibles, notre Union européenne se gouvernait comme en pilotage automatique, à coups de normes et de règlements – dont vous avez raison de souligner qu’ils protègent efficacement les citoyens de l’Union européenne, y compris contre leurs propres gouvernements, sensibles au poids des lobbies industriels nationaux, et ouverts aux solutions de facilité qu'étaient l'inflation et la dévaluation… Par gros temps, alors que la tempête financière s’abat sur le monde, il nous faut un pilote qui voit assez loin pour prendre les décisions urgentes , lorsqu’elles s’imposent. Et le seul gouvernail qui vaille aujourd’hui, c’est celui de l’UE. Une par une, nos petites nations vieillissantes, ne font pas le poids.

Or, à la faveur de cette crise, c’est le Conseil européen qui a repris la main . Et c’est regrettable, car ce Conseil n’est en réalité qu’une espèce de Sénat. C’est là que se déroulent les négociations entre les Etats membres, chacun y parlant d’abord au nom de ses propres intérêts. Du coup, cela a donné l’impression que c’étaient certains Etats, les plus puissants, ceux qui contribuent financièrement le plus, qui dominaient et imposaient leur « agenda » aux autres. Il faut donc une réforme des institutions européennes qui permette de conjuguer efficacité et démocratie. Que nous proposez-vous donc ?

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......