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Mer de Chine, "mare nostrum" ?

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La Chine entend bien faire de la mer de Chine, par où transite l’essentiel de son commerce et de ses approvisionnements, une « mare nostrum ». C’est dans ce but qu’elle s’est lancée, à marche forcée comme tout ce qu’elle fait, dans la construction d’une flotte navale moderne . Le problème, c’est qu’elle n’est pas seule en mer de Chine.

Dans la partie orientale de cette mer dont on l’a vu ce matin, le nom même est problématique, ses intérêts entrent en conflit avec ceux de la Corée du Sud et avec ceux du Japon – d’où le conflit portant sur ces petites îles inhabitées. A la fin de la II° Guerre mondiale, les Etats-Unis occupaient les îlots désertiques de Senkaku . Ils les restituèrent au Japon en 1972, mais en évitant de se prononcer sur le caractère japonais de ces rochers, sachant que les Chinois les réclamaient de leur côté. En effet, à la fin des années 60, une étude des Nations Unies prétendait avoir découvert que « le plateau continental entre Taïwan et le Japon était probablement l’un des plus prolifiques réservoirs de pétrole du monde ». Du coup, les Senkaku, que les Chinois ont renommées Diaoyu, devinrent l’objet d’une âpre rivalité sino-japonaise. En réalité, ces réserves de pétrole ont été très probablement beaucoup surestimées, et c’est surtout la valeur stratégique, voire symbolique, des îles qui fait tout leur prix aujourd’hui.

De part et d’autres, les gouvernements font mine de vouloir en découdre . Mais la nouvelle direction chinoise est aussi pragmatique que l’équipe précédente. Elle a bien trop à faire, en interne, pour inventer un nouveau modèle de développement, pour se lancer dans une guerre avec le Japon – dont elle est le premier partenaire commercial. Quant au premier ministre japonais récemment élu, Shinzo Abé, il a pu, certes, jouer sur la rhétorique nationaliste en campagne électorale, mais il est réputé comme un gouvernant réaliste et non comme un va-t-en-guerre.

Plus inquiétant quoique moins bien perçus, sont les risques de conflits en mer de Chine méridionale. Là, Pékin, au nom de la sécurisation de ses voies maritimes, heurte de pleins fouets les intérêts des Philippines, à propos des îles Spartley, qui disposent d’importantes réserves de gaz prouvées. Les incidents se sont multipliés entre navires de guerre chinois et bâtiments d’exploration pétroliers philippins, en particulier près de l’île de Palawan.

Etant donnés leur alliance militaire avec Manille, les Etats-Unis redoutent d’être entraînés dans un conflit avec la Chine en cas d’escalade .

Washington est moins lié avec le Vietnam , mais cela n’empêche pas, là encore, les Chinois d’être accusés par les Vietnamiens de saboter leurs câbles de pétrole et de gaz, pourtant installés dans leurs propres eaux territoriales. Le Cambodge, la Thaïlande, le Laos, la Malaisie et l’Indonésie , sont, eux aussi et à divers titres, inquiets des prétentions manifestées de plus en plus clairement par la Chine de régenter à son profit les eaux maritimes en mer de Chine méridionale.

Parce qu' Obama ait décrété un « pivot » des intérêts américains, du Proche Orient vers le Pacifique , l’administration démocrate, resserre actuellement ses liens avec plusieurs de ces Etats, qui se sentent menacés par la montée en puissance chinoise. Elle ne souhaite pas, je le disais, être entraînée, par ses alliés locaux, dans un conflit avec Pékin. Mais elle ne saurait ignorer, pour autant que si les Etats-Unis abandonnaient un allié – les Philippines, ou Taïwan, en particulier, victime d’une agression militaire de la part de Pékin, ils perdraient alors toute crédibilité en Asie et pourraient bien se retrouver eux-mêmes interdits de navigation en mer de Chine... On lira à ce propos avec profit le Mémorandum mis en ligne par le Council on Foreign Relations intitulé « « Clash armé en mer de Chine du Sud » de Bonnie Glaser.

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