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Michael, l'autre Polanyi

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Connaissez-vous Michael Polanyi ? Certainement pas. Les écrits de ce grand scientifique, d’abord professeur de chimie – ça devait être génétique, puisque son fils John Charles Polanyi a obtenu le Prix Nobel de chimie en 1986, ont été éclipsés par l’ouvrage de son frère Karl , « la Grande Transformation ». Pourtant cet autre Polanyi, qui connut le succès dans les pays anglo-saxons dans les années 40 et 50, par ses essais consacrés aux sciences, vaut, lui aussi, le détour.

Quelques mots sur sa biographie. Il était né Hongrois, extrêmement beau, mais ne supportant pas la montée du fascisme dans son pays, il s’exila, comme tant d’intellectuels d’Europe centrale à cette époque, en Grande-Bretagne . Il y fit carrière comme professeur de chimie à l’Université de Manchester. Aux côtés de Raymond Aron, de Friedrich Hayek et de Ludwig von Mises, il participe au Colloque Lippmann de 1938. Ce petit groupe d’intellectuels à contre-courant tente, à la veille de la guerre, de renouveler la pensée libérale , alors que les totalitarismes, dans presque toute l’Europe au pouvoir, mettent en œuvre des politiques d’économie dirigée sous la conduite d’Etats autoritaires. Après la guerre, il fera partie, avec Bertrand de Jouvenel et Karl Popper, des fondateurs de la Société du Mont Pèlerin , temple du libéralisme missionnaire. A l’époque, il a quitté sa chaire de chimie pour occuper celle des Sciences humaine, ce qui est un cas assez rare, mais qui pourrait bien vous tenter, Axel Kahn.

Dans son grand livre, La logique de la liberté , paru en 1951, il défend une conception des libertés académiques et de la liberté de recherche scientifique, qui conserve, me semble-t-il, beaucoup d’intérêt. Pourquoi ?

La manière dont est organisée la communauté scientifique depuis le XVI° siècle, en Europe, lui paraît devoir être prise pour modèle par la société tout entière, si elle veut continuer à rester libre. Le mot liberté a deux sens, fait observer Michael Polanyi. La liberté peut être celle du rebelle romantique, qui veut affirmer sa propre personnalité, au mépris des usages et des lois . Mais ce type de liberté peut déboucher sur le nihilisme. Dans un autre sens, celui qu’il a chez Hegel, la liberté signifier, au contraire, une émancipation vis-à-vis des fins personnelles et une soumission à des obligations impersonnelles . C’est le fameux cri de Luther à ses détracteurs : « Hier stehe ich und kann nicht anders ! » C’est sur cette position que je me tiens et je ne peux pas en occuper aucune autre. Mais une telle exigence peut, quant à elle, déboucher sur le totalitarisme. Hé bien la science, estime Polanyi Michael, relève des deux conceptions à la fois, sans risquer leurs dérives respectives.

Elle fait toute sa place au pionnier, car le progrès scientifique prend souvent la forme d’une révolution et d’une rupture avec les conceptions héritée s. Mais en même temps, par son langage et ses exigences spécifiques, la communauté scientifique exerce une autorité doctrinale et un contrôle sur les procédures dignes de celle de l’Eglise romaine. Et cependant entre ces deux aspects, on ne relève pas de disharmonie.

L’ennemi de Michael Polanyi, c’est la « commande sociale » et la planification en matière de recherche scientifique , telle qu’elle se pratique en URSS à cette époque. Une recherche qui fixe à l’avance les résultats qu’elle se fixe, qui le fait de manière centralisée et autoritaire, ne saurait aboutir. Si une recherche ne peut procéder selon un plan préétabli, dit-il, c’est parce qu’en science, on ne sait jamais si une théorie est achevée et complète. Les tâches que se fixent les communautés de savants ressemblent à l’achèvement d’un puzzle immense et complexe. La seule façon d’en venir à bout est de laisser chaque participant prendre ses propres initiatives . La coordination nécessaire se fera spontanément, là où toute autorité hiérarchique viendrait rendre l’accomplissement de la tâche impossible.

Son autre grande idée est que, contrairement aux théories positivistes, dont le marxisme n’est qu’un avatar, la science ne progresse pas sous l’impulsion des besoins matériels de la société, mais que « la science a son but en elle-même » elle est au service de la vérité et non pas du bien-être social ou des fantaisies du moment .

Ce livre, La logique de la liberté de Michael Polanyi, vous semble-t-il daté ?

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