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Michaël Oakeshott, penseur conservateur

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Allez sur les sites qui pensent et tapez « socialisme » : vous aurez de la lecture pour les prochaines vingt-quatre heures en librairie, il se publie sur le sujet un livre toutes les quinzaines et l’actualité politique aidant, le rythme de parutions ne peut que s’accélérer au point de devenir insoutenable pour le lecteur moyen. Tapez « écologie politique » : là encore, vous risquez le surmenage : des études de l’électorat vert aux essais consacrés au climat ou aux ressources, vous avez à disposition toute une bibliothèque. Tapez « libéralisme » il se publie tous les semestres de bons gros « dictionnaire du libéralisme », ou encore des « anthologies des penseurs libéraux », plusieurs sites sont entièrement consacrés à l’économie libérale, il y a même un wiki libéral… Mais écrivez « conservatisme ». Dans le meilleur des cas, (« La vie des idées, par exemple), vous êtes renvoyés à des articles sur le Tea Party américain, ou sur les tories britanniques.

Et pour cause : si l’on en croit François Huguenin , auteur notamment d’un livre intitulé « Le conservatisme impossible », il n’y a pas de pensée conservatrice française. Il y a une pensée libérale (de Montesquieu à Raymond Aron, en passant par Benjamin Constant, Bastiat et Tocqueville), il existe une pensée réactionnaire (de Joseph de Maistre et Louis de Bonald jusqu’à Maurras), mais de pensée conservatrice, nous n’en avons pas. C’est sans doute la raison pour laquelle, ce courant s’est réfugié dans la littérature – lire « Les antimodernes » d’Antoine Compagnon. Mais en théorie politique, le conservatisme est un angle mort de notre pensée politique. D’ailleurs, nous ne connaissons pas non plus le conservatisme des autres – anglais, américain, italien, ou allemand.

Raison de plus pour faire un bon accueil au livre de Michaël Oakeshott, « Du conservatisme », (Editions Le Félin) viennent de publier la traduction. Michael Oakeshott, disparu en 1990, est un penseur très fameux dans le monde anglo-saxon. Mais en France, il demeure pratiquement inconnu, si l’on excepte l’introduction à son œuvre publiée dans l’excellente collection « le bien commun » que dirige Antoine Garapon chez Michalon.

Le conservatisme selon Oakeshott n’est pas tant une idéologie qu’une disposition . Une disposition qui porte à « préférer le familier à l’inconnu, ce qui a été déjà essayé à ce qui ne l’a pas été, le limité au démesuré, le proche au lointain, ce qui convient à ce qui se donne pour parfait ». Le conservateur n’est pas hostile au changement, mais à la différence du progressiste, il n’ignore pas que toute innovation implique la certitude de perdre quelque chose en échange d’une autre chose qui, elle, demeure à l’état de possible or « on ne saurait sacrifier à la légère un bien connu pour un mieux inconnu ». Lorsqu’il considère notre modernité tardive, soumise au système de la mode, Oakeshott le conservateur semble anticiper l’anticapitalisme de Zygmunt Bauman : un monde soumis au renouvellement constant, à l’innovation permanente, qui contrarie les engagements à long terme et favorise les individualités flottantes et insatisfaites.

Mais la différence, c’est que Oakeshott prend son parti de vivre dans un monde où les opinions sont extrêmement diverses et les aspirations individuelles multiformes et changeantes , où l’excitation est permanente. Il apprécie la « chaleur » de notre « désordre ». C’est pourquoi sa politique entend se limiter à une forme de gouvernement qui permette à chacun de poursuivre ses activités comme il l’entend donc de se comporter en juge de paix, ou encore en arbitre . Car le bon gouvernement fait respecter les règles du jeu sans lui-même y participer. Il vise à rendre le monde paisible et non pas parfait .

Et Oakeshott de récuser comme utopique tout projet glorieux de société harmonieuse, soustraite, par décret, au conflit et aux crises. Il se méfie de tout ordre imposé d’en haut, au nom d’un plan car un tel projet traite inévitablement les gouvernés comme des enfants qu’il faut éduquer, chaperonner, rendre meilleurs. Or rien ne nous garantit que nos gouvernants soient plus sages que nous.

Et il faut se méfier des gens qui, considérant le gouvernement comme une « vaste réserve de pouvoir » , tentent de s’en emparer afin d’imposer leurs rêves aux autres . Devant leur échec inévitable, ils n’auront de cesse d’accroître ce pouvoir. Le politicien moderne, ce « rêveur activiste » est dangereux.

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