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Mieux garantir notre sécurité

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C’est de manière spontanée, qu’ont éclaté les manifestations de la semaine dernière. Les politiques, les dirigeants de toute l’Europe et de plusieurs pays notamment africains s’y sont ralliés. Mais ils ont défilé à part, dans leur propre cortège, pour des raisons de sécurité bien compréhensibles. A présent, la balle est dans le camp des politiques. Tâche difficile : ils doivent répondre à des attentes fortes, mais difficiles à décrypter. Et pourtant, il ne faut pas décevoir.

Comme l’écrivait, hier, sur Facebook, Laurent Bouvet, qui vient de publier un livre important consacré à L’insécurité culturelle, - je le cite : « Nous sommes à un moment-clef : soit un sursaut républicain, afin que les principes communs soient respectés et les manquements à ceux-ci sévèrement réprimés soit, on continue dans la même direction que celle dans laquelle nous sommes engagés de plusieurs décennies, et nous trouverons le Front national au bout. »

Laurent Bouvet commentait ainsi le passage à tabac , au lycée technique Blaise Pascal de Châteauroux, d’un élève de 15 ans, coupable aux yeux de certains de ses condisciples d’avoir posté sur un internet un message, se contentant de rappeler « deux des valeurs de la République que sont la tolérance et la laïcité » .

C’est ce genre de dérive que voulaient dénoncer les marcheurs de dimanche. Ils ont dit leur détermination à ne plus tolérer les défis quotidiens aux valeurs de liberté, de tolérance, d’égalité entre les sexes et de laïcité, qui sont celles de notre République. De ne plus accepter l’intimidation ni la violence, au nom de la religion.

Car la sécurité fait également partie de ce que les citoyens attendent de leur Etat. C’est sans doute le sens de ces applaudissements qui ont salué les forces de police, peu habituée à ce genre de démonstrations à leur endroit… Laurent Bouvet, dans le livre cité, rappelle la distinction établie par le sociologue Robert Castel entre insécurité sociale et insécurité civile. Il lui ajoute cette dimension nouvelle, l’insécurité culturelle ou crainte de voir mettre en cause et disparaître des modes de vie auxquels on tient.

Mais restons-en, pour ce matin, à l’insécurité civile . Celle qui fait qu’on éprouver de la crainte, en sortant de chez soi en particulier, lorsqu’on est juif. Nous savons qu’elle ne peut être garantie de manière absolue. Sauf au prix d’un contrôle sur les individus dont nous ne voulons pas. Il y a surement moins de vols à la tire en Corée du Nord que dans nos RER... Mais comme dit Rousseau, « On vit tranquille aussi dans les cachots en est-ce assez pour s’y trouver bien ? » Et Bertrand de Jouvenel, dans son grand livre Du pouvoir montre bien comment l’Etat, qui profite des grandes crises pour accroître ses moyens de coercition, tend à les conserver une fois la crise passée.

Restent les « failles » , reconnues par le premier ministre Manuel Valls, dans le dispositif de surveillance des personnes susceptibles de commettre des actes terroristes. Comment trois personnages figurant sur la liste américaine des personnes interdites de vol aérien, repérées par Washington comme ayant subi un entraînement dans les camps d’al-Qaïda au Yémen, ont-ils pu échapper à nos services de renseignement ?

L’unanimisme de dimanche enjoint les politiques à faire preuve de consensus. L’ancien président Sarkozy a tiré le premier, en réclamant la création d’une commission bi-partisane au Parlement sur ces sujets. Il se prononce pour l’interdiction de rentrer en France des djihadistes ayant combattu à l’étranger ; la mise en place du programme PNR, bloquée par le Parlement européen l’isolement des islamistes radicaux en cellules individuelles dans les prisons la formation des imams par la France et leur homologation par le Conseil Français du Culte Musulman.

Ces propositions ne sont pas éloignées de celles que Manuel Valls , qui rassure l’opinion par sa réputation d’homme d’ordre et d’autorité. Le premier ministre veut améliorer notre système d’écoute, généraliser l’isolement en prison des détenus radicaux en les regroupant, afin d’éviter la contagion. 238 personnes sont actuellement incarcérées pour avoir participé à la préparation d’un attentat. Et 152 sont considérées comme des prosélytes dangereux. Valls accepte la création d’une commission d’enquête parlementaire sur « ce qui vient de se passer ». Le 24 décembre, à la faveur de la Loi de programmation militaire, le gouvernement a fait adopter une mesure autorisant une surveillance renforcée des liaisons téléphoniques et informatiques des personnes soupçonnées de liens avec le terrorisme. Reste la question essentielle de la surveillance des frontières de la zone Schengen , qui n’est guère assurée par l’Union européenne.

Y a-t-il un consensus droite/gauche sur la manière de placer le curseur entre sécurité et protection de la vie privée ?

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