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Mitterrand et Hollande ont en commun leur prénom

4 min
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L’espoir fait vivre. Et ce second quinquennat, François Hollande aimerait beaucoup le remporter, comme François Mitterrand a su ramasser un deuxième septennat. Se faire réélire, c’est prouver qu’on n’a pas déçu. N’est-ce pas, Sarkozy ? A plus d’un an de l’échéance, il est bien difficile de faire des paris sur les chances du « président normal » d’incarner à nouveau les espoirs majoritaires. Mais il est toutefois possible de procéder à quelques comparaisons.

Le sentiment de Mitterrand, en 81, c’est que la majorité sociale était acquise à la gauche avant même que les forces politiques qui l’expriment ne parviennent au pouvoir. Il considérait, en quelque sorte, qu’en 1974, Giscard d’Estaing lui avait volé une victoire qui lui revenait. Cette victoire, Mitterrand l’attribuait, au Panthéon le 21 mai, à la conjonction de trois forces : « les forces de la jeunesse, les forces du travail, les forces de création ». Ou, pour le dire autrement : la génération de Mai 68, frustrée de son impossible Révolution, mais disponible pour un socialisme non-autoritaire le nouveau salariat, qui n’était déjà plus la « classe ouvrière » des communistes enfin, les intellectuels et les créateurs, acquis alors, en effet, en quasi-totalité aux idées de gauche. Une base sociale solide.

Les défis sont tout autres aujourd’hui. La société française est écartelée sous l’effet de communautarismes qui ont été instrumentalisés par les politiques de tous bords. Les conflits idéologiques, qu’on pouvait croire apaisés, ont été maladroitement réveillés par des provocations de début de quinquennat, là encore à des fins politiciennes : refaire l’unité de la gauche à coup de théorie du genre, pour cause d’indisponibilité du socialisme...

Mais à force de caresser les bobos et les minorités, la gauche a perdu le peuple. Enfin, une partie des intellectuels est passée au conservatisme celle qui est écoutée.

Le pouvoir du Prince , selon Machiavel, provient de sa capacité à équilibrer les égoïsmes concurrentiels , en mobilisant leurs forces divergentes au service de la cité . Hollande en est-il capable ?

Le président de la République voudrait chevaucher la vague d’aspiration à l’unité nationale , qu’il a enfin senti monter après les attentats de novembre, mais qui existait déjà après ceux de janvier. C’est sans doute le vrai sens de ses emprunts au programme sécuritaire de l’opposition de droite, dans lesquels on aurait tort de voir une simple tactique de « triangulation ». Il voudrait apaiser une société qu’il sent travaillée par des prodromes de guerre civile, et rassurer les Français. Mais a-t-il les moyens de les protéger ?

Mitterrand, Hollande (François)
Mitterrand, Hollande (François) Crédits : F. Hollande, F. Mitterrand - Radio France

Georges-Marc Benamou a raison : il y a deux différences essentielles entre les deux François. La première tient aux personnages eux-mêmes. La carrière de Mitterrand, quoiqu’on pense de sa trajectoire politique, reposait sur une matrice idéologique dense et solide. Hollande, lui, est « un hybride de démocrate-chrétien et de socialiste ». En outre, comme l’écrit aussi Bruno Roger-Petit, Mitterrand assumait « un rapport particulier, voire charnel à la France, une sensibilité au pays, une harmonie avec la terre et le temps ». C’était un personnage romanesque, fort d’une solide culture - ancrée à gauche, pour l’histoire, mais de droite, en littérature. On serait bien en peine de dire à quel courant littéraire se réfère Hollande, lorsqu’il songe au pays à quel héros de roman il s’identifie.

La seconde différence tient aux circonstances : Mitterrand disposait des armes institutionnelles du septennat. Il était le maître des horloges , même en phase de cohabitation. Le quinquennat fragilise l’hôte de l’Elysée, le rend dépendant de sa majorité parlementaire et des caprices de son aile la plus radicale.

Cependant, l’une des similitudes entre ces deux politiques, terriblement habiles, est précisément leur capacité à s’affranchir du parti qui les a mis à l’Elysée et à jouer leur propre partition. Ils excellent à redistribuer les cartes , lorsque l’occasion s’en présente. Ils ont enfin en commun une semblable manière de jouer au chat avec les souris de la droite, mais on ne verra que plus tard si le président normal est assez malin - et eux assez bêtes - pour que Hollande puisse utiliser les unes contre les autres leurs ambitions rivales.

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