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Montebourg découvre que les Français paient trop d'impôts

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Et vlan ! On pouvait croire enterrée l’affaire des « frondeurs » – avec le ralliement de leur seul leader crédible, Martine Aubry, à la motion A - celle de la direction du parti socialiste. Mais voilà que ça repart. Hollande et Valls pensaient avoir enfin la paix avec la rue Solférino, tenue de main ferme par un Cambadélis, élu premier secrétaire avec plus de 70 % des voix, contre 29 % à Christian Paul, candidat des frondeurs. Mais avec leur tribune du JDD, Arnaud Montebourg et Mathieu Pigasse viennent de relancer les dés. Ils sont parvenus à gâcher la fête, au Congrès socialiste de Poitiers.

L’ancien ministre du Redressement productif constate, dix mois après avoir quitté le gouvernement, que les Français sont accablés d’impôts. 1 650 d’euros supplémentaires par foyer depuis l’élection de François Hollande , d’après ses calculs. Sachant que moins d’un Français sur deux paie des impôts directs, cela signifie donc un alourdissement de la charge fiscale sans précédent en temps de paix. Les impôts ont augmenté, en effet, de 21 milliards d’euros en 2011, de 23 milliards en 2012, de 29 milliards et demi en 2013. L’an dernier, cette hausse a été fortement ralentie.

Manuel Valls le reconnaissait fin mars, « La hausse accumulée des impôts depuis des années , - et la droite y a pris une part très importante – a créé un effet de ras-le-bol elle a étouffé l’économie et a mis très en colère les Français ». Mais comment faire autrement, lorsqu’on se refuse obstinément à réduire une dépense publique anormalement supérieure à la moyenne européenne ?

Montebourg Pigasse
Montebourg Pigasse Crédits : Montebourg Pigasse - Radio France

Arnaud Montebourg et le directeur général de la Banque Lazard, Mathieu Pigasse, constatent aussi, dans leur tribune, que le chômage s’est envolé depuis l’élection de François Hollande. 200 000 nouveaux inscrits à Pôle Emploi par ans en moyenne. Et Arnaud Montebourg, qui a dirigé Bercy durant deux années et un trimestre, estime visiblement ne porter aucune responsabilité personnelle. Non, c’est la faute à Berlin et à Bruxelles c’est la faute à « l’austérité ».

Mais enfin, le même ancien ministre du Redressement productif constate avec justesse – je cite que « les économies du monde entier ont redémarré fortement depuis deux ans ». Serait-ce que le monde entier, la France exceptée, aurait renoncé à la fameuse « austérité » ? Ou plutôt que les pays qui redécollent le plus vite seraient justement ceux qui ont mis en œuvre des politiques de réformes structurelles courageuses ? Plutôt que de persister dans l’erreur française ?

Montebourg et Pigasse – ce dernier étant conseiller du gouvernement grec – adjurent Hollande d’appliquer la recette qui réussit si bien à Tsipras : « ne plus se laisse faire par Berlin et Bruxelles ». Lorsqu’on voit la panique qui vide en ce moment les comptes en banque à Athènes, l’envolée des taux et les faillites en chaîne des entreprises grecques, on est en droit de se demander s’il vaut mieux suivre l’exemple de l’austérité allemande ou plutôt celui de la fuite en avant grecque.

Vous me direz, ce n’est pas grave. Qu’on parle le langage du social-libéralisme, comme Macron, ou celui de l’étatisme conservateur, comme Montebourg, dans les deux cas, il ne s’agit que de « postures ». C’est ce que vous dites, Laurent Bouvet, dans une longue interview désabusée, confiée au Fiagro Vox vendredi dernier.

Pas sûr. Parce que la fameuse motion majoritaire du Congrès de Poitiers, comme certains gâteaux à la crème, comporte plusieurs couches. La synthèse est un Paris-Brest. On y lit des éloges du gouvernement, comme aussi des appels vigoureux à lui adressé de s’affranchir des règles européennes, et même et d’oser « la confrontation avec les droites européennes – et particulièrement, la CDU/CSU allemande ».

Parmi les signataires de la motion, Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques . Imaginez un juge qui contesterait publiquement le bien-fondé des principales lois qu’il est censé faire appliquer et inviterait à les transgresser. Bien sûr, une des manières possibles de s’opposer à la démagogie populiste consiste à faire mine d’abonder dans son sens et de lui emprunter certains de ses slogans. Mais il y a un danger. Les Allemands, eux, prennent très au sérieux les textes de Congrès… Et ils s’interrogent sur la fiabilité du partenaire français.

Finalement, au-delà des applaudissements qui ont salué le discours du Premier ministre, le Congrès de Poitiers peut-il être réellement considéré comme une victoire de la ligne gouvernementale ? Ou comme une trêve provisoire entre le gouvernement et une forte minorité socialiste qui rêve à Podemos et à Syriza ?

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