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Ne pas jouer la sécurité contre la stabilité

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Le Pacte de sécurité est une bien admirable trouvaille linguistique. Pour mieux nous protéger, il va falloir dépenser davantage. Il faut donc renoncer au Pacte de stabilité . François Hollande l’a dit. Adieu critères de Maastricht, adieux promesses électorales de retour à l’équilibre budgétaire en fin de mandat. Souvenons-nous. Parallèlement à l’inversion de la courbe du chômage , qui devait intervenir à la rentrée 2013, François Hollande avait chargé Bercy de prévoir un échéancier précis du retour à l’équilibre .

Lors de la rentrée de 2012, celui-ci était chiffré ainsi : déficit prévu pour 2012 : 4,5 % du PIB mais, dès 2013, nous atteignions les 3%, en 2014, le déficit était ramené à 2,2 %, à 1,3 % en 2015, à 0,6 % en 2016. Et pour les présidentielles de 2017, enfin, le miracle du retour à l’équilibre !

Ces projections étaient absolument fantaisistes. Ces engagements, mensongers. La vérité des chiffres, c’est un déficit budgétaire de 4,1 % en 2013, 4 % en 2014 et une prévision avant attentats de 3,9 % en 2015. Le déficit prévu pour 2016 était de 72 milliards d’euros, contre 74 milliards en 2015. La "rigueur" était une blague avant les attentats . Ceux-ci n’y changeront rien. Ils permettront juste de camoufler cet échec, en l’attribuant aux mesures exceptionnelles entraînées par la proclamation de l’état d’urgence. Or, celles-ci sont évaluées à 815 millions d’euros par Bercy pour l’année 2016. Une goutte d’eau par rapport aux 72 milliards de déficit prévus. Et la dette publique est bien partie pour les 100 % : l’équivalent d’une année entière de production pour l’entreprise France.

L’objection est connue : pourquoi la rigueur, alors que la BCE maintient des taux d’intérêt ridiculement faibles. Les intérêts de notre dette, à 45 milliards par an, restent supportables . Pourquoi se priver ? La demande publique, en stimulant la demande, est un facteur de croissance. Ou encore : les gouvernements des Etats lourdement déficitaires, qui ont tenté de rentrer dans les clous du Pacte de stabilité ont été désavoués par les électeurs et renversés. Voyez le Portugal.

Mais enfin, si la course aux déficits était la recette d’une forte croissance et du plein emploi, c’est l’Allemagne qui aurait 11 % de chômeurs et la France 4 et demi. Or, c’est le contraire aujourd’hui ! Les vieilles recettes keynésiennes ne marchent plus . Elles misaient sur un avenir radieux, où la productivité serait tellement élevée que les dettes d’aujourd’hui seraient facilement remboursées. Personne ne miserait un kopek sur un tel scénario, s’agissant de la France.

Emmanuel Berl : « La volonté d’indépendance devient moins respectable que louche, quand ceux qui la proclament n’adaptent pas leurs dépenses à leurs ressources. Qu’est-ce, en effet, qu’une fierté qui se plie à toujours tendre la main ? » (La France irréelle, p. 90, 91)

Sécurité
Sécurité Crédits : France Bleu - Radio France

Le gouvernement, qui vient de faire sienne la totalité du programme de la droite en matière de sécurité, découvre que le « sécuritaire » est très populaire dans l’opinion . Voyez la spectaculaire remonté de l’exécutif dans les sondages d’opinion.

Bien sûr, il est nécessaire et urgent de mettre fin à l’état de délabrement où sont tombés certains commissariats de police. C’est à ce prix que nous pourrons reconquérir les territoires perdus de la République - ces zones de non-droit où le banditisme finance le djihadisme. Bien sûr, il faut arrêter de se servir du budget de la Défense comme de la principale variable d’ajustement budgétaire , comme le font tous les gouvernements depuis 25 ans. On ne peut pas engager nos forces sur plusieurs fronts – Mali, Irak, Syrie – tout en leur demandant, en outre, de contribuer à la sécurité intérieure. Bien sûr, il faut continuer à augmenter le budget de la Justice , en particulier pour construire des prisons, plutôt que de laisser, faute de place, nombre de condamnés dans la nature. Oui, en un mot, il faut que l’Etat assume autrement qu’il ne fait les tâches régaliennes qui sont le cœur de son métier, et qu’il a trop négligées par le passé.

Nous entretenons l’un des Etats les plus dépensiers de la planète (57 % de PIB de dépenses publiques), qui se révèle pourtant incapable d’assurer la sécurité du pays et de ses citoyens. Si en échange nous nous étions assurés par un Etat-providence de type scandinave, contre les aléas de l’existence et le risque du chômage, nous pourrions considérer que le jeu en vaut la chandelle. Tel n’est pas le cas.

Nous avons affaire à des collectivités territoriales qui multiplient les doublons avec les services de l’Etat, se superposent en un mille-feuilles maintes fois dénoncé, mais jamais réformé. Et surtout à une envolée des dépenses sociales qui n’a de comparaison dans aucun pays d’Europe . De 29 % du PIB en 2000, elles atteignent 34 % aujourd’hui. En 15 ans, elles sont passées de 450 à 715 milliards d’euros. Y a-t-il moins de pauvreté pour autant ?

La stabilité et la sécurité ne doivent pas être jouées l’une contre l’autre. Sinon, nous perdrions bientôt les moyens d’assurer la seconde pour avoir sacrifié la première.

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