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On ne traite pas des êtres sensibles comme des choses

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À retrouver dans l'émission

Un veau s'échappe des abattoirs à New York. That ou who ?

L’anglais est une langue qui paraît beaucoup plus simple que la nôtre et c’est l’une des raisons pour lesquelles elle l’a supplantée. Mais elle comporte des étrangetés qui la rendent d’un maniement parfois difficile. Prenez ce titre du New York Times : « Un bœuf qui s’était échappé d’un abattoir de new York trouve refuge dans une réserve ». Pour nous autres, que l’échappé soit un bœuf, un détenu en cavale ou la caniche naine de la dame du dessous, le pronom relatif ne change pas ; c’est qui. En anglais, on peut trouver who, that, ou which. Ce qu’on m’a appris au lycée, c’est que who est réservé aux être humains. Or, le New York Times a titré : Cow Who Escaped New York Slaughterhouse Finds Sanctuary.

Et Peter Singer de se réjouir de cette promotion. Cet universitaire australien, défenseur de la cause des animaux, a interrogé le responsable des standards lexicaux du journal. On utilise dorénavant who, lui fut-il précisé, lorsque l’animal est désigné par son nom. Un chien qui s’était perdu hurlait dans la nuit, c’est which. Médor, qui s’était perdu dans la nuit, c’est who. Parce qu’il est Médor. Alors le bœuf ? Le who s’explique par le fait que le directeur de la réserve qui l’a recueilli lui a donné un nom. Il s’appelle à présent Freddie. Good for him.

Sans doute, mais Peter Singer a consulté aussi des lexicologues qui lui ont affirmé avoir observé une montée en puissance du who au détriment du that à propos des vaches au cours des dernières décennies. Alors même, relève-t-il, que les vaches d’autrefois, celles qui étaient élevée dans des étables par des paysans, avaient des noms et que ce n’est plus le cas des recluses de nos actuelles usines à viande ; gérées par des logiciels.

Peter Singer, qui appartient au courant utilitariste du mouvement de défense des animaux, plaide pour l’égalité de considération des animaux avec les hommes. Le critère pour la reconnaissance de tels droits, selon ce courant, c’est l’existence, chez l’espèce animale en question d’une sensibilité. On ne peut traiter des êtres sensibles en simples « unités de production », disent-ils. L’égalité de considération n’implique pas, à leurs yeux, une égalité de traitement. Mais elle suppose la fin d’un système juridique où les animaux sont considérés comme des biens dont on peut disposer à sa guise, comme on le fait des meubles ou des voitures.

La Suisse a été le premier Etat au monde à faire référence, dans sa Constitution, à la nécessité de protéger la dignité des animaux. L’Allemagne l’a fait en 2002. Depuis 2012, l’Union européenne interdit l’élevage des poules en batterie. Depuis le 1° janvier 2013, une directive européenne interdit le confinement des truies en période de gestation. Elles doivent pouvoir se déplacer et se retourner. Au nom du bien-être animal.

Les abolitionnistes vont plus loin que les partisans de Singer. Leur critère : être sujet-d’une-vie. Ils sont nécessairement végétariens, dans la mesure où ils sont hostiles à toute exploitation des animaux par les humains.

Question : se battre pour le bien-être des animaux – y compris – ceux qui sont destinés à notre consommation implique-t-il de leur reconnaître des droits ? Ou plutôt de nous reconnaître, à nous, des devoirs ? Tiens, je vais la proposer pour le prochain bac de philo.

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