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Nedim Gürsel sur les traces de Nazim Hikmet

3 min
À retrouver dans l'émission

Comment devenait-on un intellectuel communiste ? Quelles étaient les causes de cet engagement ? Quel était le déclic ? Sur quel terreau intellectuel l’appel à la révolution devait-il tomber pour être entendu ?

Une très abondante littérature témoigne à présent de cette expérience , fondamentale pour comprendre le XX° siècle et ses tumultes. Car le communisme a été l’une des grandes passions du siècle écoulé. Ces confessions sont généralement l’œuvre de repentis, qui reviennent sur leur parcours, pour se demander de quelles expériences, historique et personnelle, a procédé la séduction, l’enchantement puis, comment ils ont pu à ce point s’aveugler et se compromettre, d’où est venue la désillusion… car ces histoires débouchent presque toujours sur une rupture.

Une des parties les plus intéressantes de l’œuvre d’Arthur Koestler, autobiographique, est ainsi consacrée à cette traversée du communisme mais on peut recommander aussi des autobiographies intellectuelles, comme celle d’Edgar Morin, « Mon autocritique » (en 1970), ou l’ « Itinéraire » d’Octavio Paz (1993). La plupart de ces confessions d’intellectuels communistes sont postérieures au Printemps de Prague de 1968. Après la cynique invasion de la Tchécoslovaquie par l’Armée Rouge et l’envoi à Moscou sous escorte des dirigeants du parti communiste de ce pays d’Europe centrale, la cause du communisme soviétique est, en effet, devenue difficile à soutenir pour un intellectuel le « conflit entre la foi et la raison », pour emprunter à Morin, a atteint le seuil de l’insupportable.

Nazim Hikmet est mort en 1963 trop tôt pour avoir connu la répression du Printemps de Prague , assez tôt pour avoir participé à la déstalinisation.

Nazim Hikmet, dont votre livre entremêle le destin avec une réflexion sur les traces laissées par le communisme , ou le XX° siècle tout entier, sur la ville de Berlin, n’a donc pas été un désillusionné. Il est mort à Moscou, devenu citoyen polonais, non repenti. Un peu à la manière de notre Aragon , fidèle jusqu’au bout à son engagement politique, malgré le poids de l’amertume et les déceptions.

Vous avez consacré une thèse de doctorat en littérature comparée à ces deux immenses écrivains, communistes tous les deux, dominant leur génération comme des tours solitaires, bien conscients de leur supériorité, mais presque serviles devant les frustres bureaucrates du « parti ».

Nombreux sont les spécialistes qui se sont essayés à relever des constantes et des familles d’esprit, parmi ces intellectuels tombés dans le culte de Staline et du « parti ». Max Eastman , grand politologue américain, les classait en trois catégories : les rebelles, en lutte contre des tyrannies, au nom de ce qu’ils croient être l’émancipation totale, les nostalgiques de la totalité, de la communauté perdue, et enfin, ceux qui ont cru voir dans le système de production communiste un forme d’organisation idéalement rationnelle. J’aimerais savoir dans quelle catégorie vous, qui connaissez si bien Nazim Hikmet, le classeriez.

J’aimerais aussi savoir ce que vous pensez de la Turquie actuelle, où on ne jette plus les poètes en prison, mais où un fazil Say peut être jugé pour blasphème pour avoir cité sur son compte Twitter des vers du poète Omar Khayyam ?

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