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Ni "modèle", ni "social"

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Quel modèle social ? Ce n’est certainement pas un modèle et il n’est pas social non plus . Des tas de gens à travers le monde rêvent du modèle social suédois, du modèle social danois. Le modèle social français, lui, ne fait rêver personne : c’est un anti-modèle, un contre-exemple, souvent invoqué à l’étranger pour désigner ce qu’il ne faut pas faire.

En terme de prélèvements, nous avons dépassé la Suède depuis 2007 ; ils absorbent désormais plus de 30 % du PIB, le taux le plus élevé de l’OCDE, sept points au-dessus de la moyenne, qui est de 24 %. En avons-nous pour notre argent ? Sommes-nous mieux protégés contre les aléas de la vie que les Suédois ? Les soins dentaires sont-ils correctement remboursés par la Sécurité Sociale ? Et qu’est-ce qu’un modèle social qui exclut du travail 11 % de la population ?

Notre système a été bâti selon une logique dite « bismarckienne » - ce sont les travailleurs qui s’assurent entre eux et gèrent le système de manière paritaire (syndicats ouvriers et représentants du patronat). Il a bien tenu tant que le contexte économique (forte croissance) et démographique (taux de fécondité élevés) sont restés favorables. Aujourd’hui, il ne reste plus grand-chose du paritarisme, le système a été de facto étatisé. Par contre, sa fragmentation s’est poursuivie nous avons plus de 600 régimes de retraite de base différents et plus de 6 000 régimes complémentaires.

Les observateurs étrangers qui se penchent sur notre système de protection sociale le jugent dualiste et injuste, malgré notre rhétorique solidariste : lire le livre de Timothy B Smith , qui reste d’une grande actualité. Pour le résumer, sa thèse est la suivante : en France, une moitié de la population est bien protégée aux dépens d’une autr e, fortement exposée au chômage et qui a vite fait de décrocher, pour tomber dans les revenus d’assistance – dont les montants sont indignes.

Et surtout, ce système n’est pas soutenable, parce qu’il est financé de manière croissante par des dettes qui se sont accumulées : 300 milliards d’euros à acquitter par nos enfants dans l’avenir alors même qu’ils n’ont aucune chance de bénéficier des prestations à la hauteur de celles que nous nous payons à crédit aujourd’hui…

Il est de bon ton de mettre en accusation non pas notre propre imprévoyance, le laxisme et la lâcheté des gouvernants, l’immobilisme intéressé de bien des syndicats, mais des causes extérieures : comme si, en l’absence de cette mondialisation, cause de tous nos maux, nous aurions pu laisser le niveau des cotisations augmenter à un rythme constamment supérieur à celui du PIB… Comme si le poids, toujours croissant, des cotisations pesant sur le travail, avait pu rester sans conséquences sur la compétitivité des entreprises et sur les taux d’activité…

Depuis une vingtaine d’années, nous rafistolons chaque réforme permet de gagner un peu de temps, en attendant la suivante mais nous n’avons pas trouvé le courage de repenser le système de manière radicale . Le temps presse et il faudra bien en passer par une refonte en profondeur.

Les négociations en cours sur une forme de flexisécurité peuvent ouvrir la voie à un changement de modèle . Car la réforme du marché du travail est la mère de toutes les réformes. Sécuriser le salarié, tout en flexibilisant le travail nous ferait, en effet, rentrer dans une autre logique. Celle d’un système réellement universel d’investissement social, dans lequel la priorité serait de préparer et non pas de réparer , d’équiper l’individu de droits et de compétence, afin de lui permettre d’opérer ses propres choix – sur un marché du travail redevenu source d’opportunités et de carrières et non pas malthusien et anxiogène – comme c’est le cas aujourd’hui.

La gauche est mieux placée que la droite pour obtenir des concessions réciproques entre partenaires sociaux qui ouvriraient la voie de cette refondation. Mais il lui faut faire preuve de courage et d’autorité.

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