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NKM, Macron de la droite ?

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Chacun dans son camp incarne une transgression libérale à l'anglo-saxonne.

La percée spectaculaire d’un homme de gauche dans l’électorat de droite – tout comme l’inverse d’ailleurs – démontre que cet électorat n’est pas convaincu par l’offre politique émanant de son propre camp. Chez Les Républicains, il y a un phénomène Macron. 45 % des électeurs LR souhaitent lui voir jouer un rôle important dans l’avenir. Pourtant, l’affiche de la primaire de la droite est assez fournie, dira-t-on. Et si notre sémillant ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique vante un libéralisme qui a décidément le vent en poupe, les candidats de droite ne sont pas en reste.

Entraînés par un Fillon, qui affiche sa détermination à réformer vite et fort, tous les autres candidats à la primaire de droite, y compris les plus sages, ont promis de suivre peu ou prou le train. "Une surenchère libérale". C’est ce que disent les médias pour qui le libéralisme est un gros mot. C’est aussi que, le connaissant mal, ils n’en distinguent pas les nuances.

Or le libéralisme de Fillon, de Juppé, de Le Maire et des autres n’est pas d’inspiration thatchérienne, mais ordolibéral. Jamais un pays comme le nôtre ne supporterait une purge inspirée de Friedrich Hayek et Milton Friedman. Par contre, la version allemande, celle de Wilhelm Röpke et de son ami Alexander Rüstow, celle-là même qui a inspiré la CDU de Merkel, est bien plus compatible avec nos façons de voir.

Les Belles Lettres viennent fort opportunément de rééditer l’ouvrage majeur de Röpke, « Au-delà de l’offre et de la demande ». On y découvre un économiste ayant de fortes convictions morales, très éloigné de la confiance aveugle dans les seules forces du marché, considérées comme « naturelles » par un Hayek. Röpke critique vivement l’optimisme hédoniste du libéralisme anglo-saxon. Il écrit : « Le monde rationnel de l’économie utilise des réserves morales qui, selon le cas, le font tenir debout ou s’écrouler. (…) Le marché, la concurrence et le jeu de l’offre et de la demande ne produisent pas de telles réserves ; bien au contraire, elles les consomment et les épuisent et il faut qu’elles aillent les chercher dans des régions situées bien au-delà du marché. Aucun manuel d’économie ne peut en tenir lieu. En effet, l’autodiscipline, le sens de la justice, l’honnêteté, la correction, la courtoisie, l’équilibre, le sens de la communauté, le respect pour la dignité d’autrui, des normes morales stables – toutes ces choses, les gens doivent les avoir déjà en eux lorsqu’ils entrent sur le marché. »

C’est pourquoi les réformes qui sont prônées par les candidats aux primaires de la droite vont dans le sens d’une convergence avec la vertueuse Allemagne, non pas de l’amorale Angleterre - celle pour qui, comme disait Tony Blair, « ce qui compte, c’est ce qui marche ».

A bien réfléchir, le politicien le plus proche de ce pragmatisme-là, c’est à gauche qu’on le trouve et c’est Emmanuel Macron, le politicien de la génération start-up. Celle qui juge que, sous l’effet des fameuses « innovations disruptives », « nous avons changé de monde ».

Tiens, ne serait-ce pas justement le titre du livre récemment publié par Nathalie Kosciuszko-Morizet ? En voilà une autre qui pourrait bien séduire le camp d’en face en transgressant les tabous du sien. Sans doute est-ce précisément la raison pour laquelle Les Républicains ont récemment interdit aux candidats à la primaire de se faire parrainer par des parlementaires ne se réclamant pas de la droite… Entre technologies vertes et révolution numérique, on est plus près de « l’économie sur-demande » que du « contrat de travail avec des modalités de rupture prédéfinies et progressives », préconisé par François Fillon. Plus proche du libéralisme un peu libertaire à l’anglo-saxonne que de l’ordolibéralisme germanique.

Les spécialistes estiment que deux générations sont prêtes à renoncer aux protections du salariat à l’ancienne, pour se lancer dans les nouvelles formes de travail, à mi-chemin du salariat classique et de l’activité libérale, promises par le développement des plateformes numériques. Ce sont les « millenials » nés entre le début des années 80 et la fin des années 90, d’une part, et les baby-boomers, de l’autre. Ce qu’ils ont en commun ? La répugnance à échanger la sécurité contre la subordination. Ils veulent travailler quand bon leur chante, ne pas dépendre d’un seul fournisseur de tâches. Les premiers ont compris que dans notre monde de fous, il est peut-être moins difficile de trouver des clients qu’un patron. Les seconds ne supportent pas l’inactivité.

Ce sont ces catégories, aux aspirations mal connues des médias comme des politiques, qui sont à la recherche d’une expression politique. Emmanuel Macron et Nathalie Kosciuszko-Morizet peuvent prétendre l’incarner. Est-ce assez pour ambitionner la présidence ?

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