LE DIRECT

Normes et charges aussi dans l'agriculture

3 min
À retrouver dans l'émission

« Y’a le feu dans nos campagnes », c’était, on s’en souvient le mot d’ordre des manifestations qui ont eu lieu en novembre dernier dans l’ensemble du pays à l’appel de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs. Le malaise agricole était alors profond. Non seulement, la part de la France dans les aides de la PAC continue à diminuer : 100 millions de moins, cette année, mais le budget du ministère dont vous avez la charge, Stéphane Le Foll, prend sa part des efforts de réduction des dépenses, avec une baisse de 4,1 % de ses crédits. Cela faisait longtemps que des esprits taquins, comme François de Closets faisaient remarquer le rapport inversement proportionnel qui a longtemps existé entre le nombre d’agriculteurs, dans notre pays, et celui des fonctionnaires chargés de les encadrer…

D’autant que le principal grief des exploitants agricoles est précisément la multiplication des contrôles administratifs : Agence des services et des paiements, ONEMA, etc. Ils prétendent subir un véritable « carcan », devoir appliquer chaque année davantage de normes, venues tant de Paris que de Bruxelles, d’être inspectés à l’improviste et sans ménagements par des agents publics qui les considèrent a priori comme des délinquants… Bref nos agriculteurs se plaignent d’être traités comme le sont, dans ce pays, les entrepreneurs… « Les agriculteurs sont dans un environnement anxiogène. Ils se lèvent le matin avec la peur du contrôle. Les normes sont insupportables. » dit ainsi Xavier Beulin, président de la FNSEA.

Mais aussi qui a envie de voir les rivières françaises continuer à être infestées de nitrates et de pesticides ? Si la profession veut redorer son image, elle doit veiller à ne plus passer pour l’une des plus polluantes du pays.

Les agriculteurs se plaignent aussi que les produits agricoles français ne soient pas privilégiés, dans leurs achats, notamment par les collectivités publiques. Mais celles-ci, en consommatrices avisées, regardent les prix. Peut-être avant la qualité... Or, le principal problème de notre agriculture est le même que celui de l’ensemble de notre production : le manque de compétitivité . Là aussi, nous sommes trop chers. Nos éleveurs de poulets doivent casser les prix pour continuer à exporter. Nos industriels du lait doivent faire face à la concurrence des Allemands et même des Néo-Zélandais, qui parviennent à vendre moins cher, malgré les coûts de transport ! Nos producteurs de fruits subissent la concurrence de l’Espagne qui parvient à casser les prix au point que certains de nos propres producteurs en arrivent à devoir vendre à perte.

Certes, la baisse de l’euro va, là aussi, relancer nos exportations hors zone. Mais cela n’empêchera pas les Allemands, qui vendent dans la même monnaie, de continuer à nous damner le pion.

Or, c’est le symptôme le plus inquiétant de la crise de notre agriculture : l’agriculture allemande nous supplante de plus en plus sur les marchés mondiaux . Malgré des aides européennes d’un montant inférieur, les Allemands se sont hissés au 3° rang mondial, derrière les Etats-Unis et les Pays-Bas, devant la France donc. Leur progression, là aussi, est spectaculaire : le montant de leurs exportations agricoles a été multiplié par deux en dix ans. Ils nous dépassent dans la volaille, le lait, les œufs, le porc et même dans les fraises. Nous continuons à dominer dans le blé, la pomme, le maïs, le raisin.

Dans l’esprit des pères fondateurs, il était convenu que l’Allemagne serait le grand centre industriel del'Europe, mais que la France serait le grand pays agricole. Pourquoi alors sommes-nous à la traîne ? L’agriculture va bénéficier, comme l’ensemble des entreprises, du Crédit Compétitivité Emploi. Mais les charges restent plus élevées chez nous que chez nos voisins. L’agriculture est-elle concernée par la Loi Macron ? Comment faire en sorte que nos agriculteurs n’aient pas le sentiment de faire la course avec un poids de vingt kilos sur le dos ?

L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......