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Nos lignes Maginot culturelles et le tsunami numérique

4 min
À retrouver dans l'émission

L’action de notre ministère de la Culture se déploie, en gros, sur trois dimensions. La première, c’est la conservation, la préservation et la mise en valeur d’un patrimoine qui est, selon l’expression consacrée, « unique au monde ». Et il est bien vrai que notre vieille France a de beaux restes. Près de 85 millions d’étrangers nous visitent chaque année, et les spécialistes estiment aux alentours de 15 milliards d’euros les recettes directement liées au tourisme culturel. Réjouissons-nous qu’ils viennent visiter Versailles et sourire à la Joconde entre deux offensives groupées sur nos grands magasins.

Mais si nous ne voulons pas finir en vaste musée où l’on viendrait contempler combien grands furent nos créateurs, il faut aussi encourager la création . Et donc aider les créateurs à vivre et à concevoir la culture d’aujourd’hui.

Mission déjà plus problématique : des pays aussi imaginatifs et rayonnants que les Etats-Unis se passent fort bien d’une semblable direction politique de la culture… En outre, malgré la paternelle bienveillance avec laquelle notre Etat « protecteur des lettres et des arts » traite les créateurs, la nôtre ne paraît guère briller à travers le monde. L’arbre Modiano ne doit pas cacher la forêt. Pour ne prendre que cet exemple, il n’y a plus un seul plasticien français parmi les 50 artistes les plus cotés dans les ventes mondiales : la majorité sont américains, suivis par les Chinois, les Britanniques et les Japonais. 4 sont allemands : Gerhard Richter, Georg Baselitz, Andreas Gursky, Anselm Kiefer. Pas un Français ! Mais peut-être les digues de notre fameuse « exception culturelle » s’étendent-elles aussi devant ces faits dérangeants qu’on ne veut pas voir.

Enfin, vient la démocratisation de la culture . La grande idée de Malraux. Chacun reconnaît que c’est un échec cuisant : le non-public ne diminue pas, au contraire, il s’étend. Une petite minorité fréquente le théâtre. Elle est encore plus réduite aux opéras.

Mais que peut bien vouloir dire « démocratiser la culture » à une époque où les contenus, dématérialisés et surabondants, sont partout disponibles, en flux, sur simple abonnement ? Le tsunami du numérique sur les industries musicales, celle du cinéma, des contenus télévisuels, et même de l’édition semblaient tétaniser vos prédécesseurs, rue de Valois. C’est certainement pourquoi vous avez été choisie pour leur succéder.

Mais comment empêcher ce tsunami de déborder nos digues, l’immatériel de franchir nos lignes Maginot réglementaires ? Je prends deux exemples.

Le prix unique du livre était censé protéger éditeurs et libraires. Depuis l’apparition du commerce en ligne, dominé par l’Américain Amazon , les libraires font faillite et risquent de connaître le sort des disquaires. Quant aux éditeurs, ils se croient à l’abri du prix unique, qui empêche Amazon de d’exercer les pressions à la baisse des tarifs que subissent, en ce moment, leurs confrères américains. Mais pour combien de temps ? Les jeunes générations maîtrisent de mieux en mieux l’anglais. Vous voulez lire le dernier James Salter, All that is ? La version numérique vous coûtera 5 euros 64 en anglais, mais vous paierez 15 euros 99, pour télécharger « Et rien d’autre », la traduction française. Presque trois fois plus. Est-ce tenable ?

Autre exemple : Netflix débarque, avec ses séries américaines en jet continu. Pour des raisons d’opportunité fiscale, il s’installe au Luxembourg, puis aux Pays-Bas, mais d’ores et déjà, le service par abonnement est disponible, en France, sur la box android de SFR. Quelles sont les chances de Canal , astreints à toute sorte d’exigences réglementaires et de prélèvements obligatoires, qu’ignore son concurrent américain ? Notre prix Nobel d’économie Jean Tirole est encensé par la presse anglo-saxonne pour avoir imaginé des modes de régulation appropriés aux compagnies en position dominante dans les économies de réseau. Vous le rencontrez régulièrement. Que vous conseille-t-il ?

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