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Note confidentielle destinée au président de la République

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À retrouver dans l'émission

Note confidentielle destinée au Président de la République, Palais de l’Elysée, Paris.

Monsieur le Président,

Je sais que, contrairement à votre prédécesseur, pour lequel notre cabinet a eu également l’occasion de travailler, comme vous me le rappeliez dans lors de notre dernier échange de SMS, vous accordez peu de valeur aux sondages. Vous prétendez, m’avez-vous dit inscrire votre action dans la durée et être jugé en temps voulu, selon votre expression. Vous voulez, m’avez-vous dit encore, « installer durablement la gauche au pouvoir ».

Aussi êtes-vous résigné à voir votre parti perdre de nombreuses villes aux élections municipales de mars. Votre objectif, à vous, ce sont les présidentielles de 2017. Et cela crée une incompréhension dans votre majorité parlementaire.

Fort bien, mais vous l’accorderez que le taux actuel de sondés se déclarant mécontent de votre politique (76 % contre 23 % de satisfaits, selon l’IFOP/JDD et 24 % selon TNS-SOFRS/Le Figaro), risque de vous poser des problèmes d’autorité au sein de votre propre majorité, voire de votre gouvernement lui-même.

Ces mauvais chiffres ont certainement des causes conjoncturelles . Vous aviez beaucoup misé, pour redresser le problème d’image que nous avons eu l’occasion d’évoquer ensemble, sur le dossier syrien. La détermination dont vous avez fait preuve dans l’affaire de l’invasion du Nord du Mali avait convaincu une partie de l’opinion débordant largement les rangs de la gauche, que votre apparente bonhomie cachait une capacité à décider vite et à prendre des risques sur la scène internationale. La dérobade du président Obama, pressé d’attraper la main que lui tendait Vladimir Poutine, a donné l’impression que, cette fois, vous étiez parti trop tôt.

Vous avez dû affronter la menace des écologistes de quitter le gouvernement, s’ils n’obtenaient pas un alignement des taxes sur le gasoil sur celles frappant l’essence. Subir ainsi l’ultimatum d’un mini-parti, pesant à peine 3 % de l’électorat, et qualifié par Marcel Gauchet dans le prochain numéro de la revue Le Débat « d’anomalie du système politique français, pur produit de sa cuisine interne », aurait pu vous coûter cher. Vous vous en êtes très bien tiré en jouant des divisions internes, habituelles chez les Verts et vous avez obtenu de la vraie patronne des Verts, Cécile Duflot, la démission de leur chef de file Pascal Durand. Mais vous l’avez fait en toute discrétion, sans élever la voix, ni convoquer les médias. Mais la conférence sur l’environnement, qui aurait pu être l’occasion de rappeler que les promesses faites en ce domaine seront tenues, est passée à la trappe dans les médias.

Le ministre le plus populaire de votre gouvernement, Manuel Valls , se fait rabrouer par la ministre du Logement, dans des termes qui sont ceux dont votre parti use habituellement pour caractériser les dérapages verbaux du leader du Front national. Et elle vous somme de prendre son parti. Cela donne une impression de confusion. 77% des Français approuvent la fermeté du ministre de l’Intérieur sur le problème Roms. Et vous lui confirmez votre soutien. Mais l’impression d’incohérence demeure.

Vous aviez promis, lors de votre campagne électorale, de ramener le déficit de nos finances publiques à 3 % dès 2013. Vous ne cachiez pas alors que cela serait obtenu par « des économies et des recettes supplémentaires ». Les électeurs ont vu leurs impôts s’alourdir, et pas seulement les plus aisés. Les prélèvements ont augmenté de 31 milliards depuis votre arrivée à l’Elysée, Mais le déficit est toujours là, à 4,1 % cette année . Et la dépense publique s’envole. Elle atteindra 57,1 % du PIB, cette année, ce qui constitue un record. Les Français ne voient pas bien à quoi servent les sacrifices qui leur sont réclamés. Et surtout, les changements de cap permanents désorientent les chefs d’entreprises, qui s’abstiennent d’investir. Les ménages vident leurs comptes épargnes pour continuer à consommer, malgré la stagnation de leurs revenus.

Les députés socialistes vous réclament des mesures en faveur du pouvoir d’achat. Vous seriez bien inspiré de leur donner satisfaction sans attendre 2016. Mais on remarque qu’ils ne contestent plus votre politique – le « socialisme de l’offre » et approuvent les mesures que vous comptez prendre pour relancer l’industrie. Sans en avoir l’air, vous avez fait refluer l’idée traditionnelle, à gauche, d’une relance par la consommation.

En conséquence, je vous recommande, Monsieur le président, de remanier au plus tôt votre gouvernement, alors qu’approchent des élections municipales et européennes. Ce devrait être une occasion de préciser le cap que vous avez fixé à votre action et de réaffirmer votre autorité. Annoncez non pas une pause dans la hausse des impôts et une moindre progression de la dépense publique, mais une double baisse, baisse de la pression fiscale et des dépenses publiques.

Politiquement, vous auriez sans doute intérêt à remplacer, au sein de votre gouvernement, EELV par le PCF. Voilà un parti qui paraît mieux disposé à assumer les responsabilités du pouvoir – il en a l’expérience - et qui saurait se montrer moins ingrat, si vous décidiez de le renflouer.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, etc. etc.

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