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Notre diplomatie d'influence

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À retrouver dans l'émission

De Gaulle arpentait la France avec régularité. Il n’oubliait pas la moindre de nos provinces et plongeait dans la foule, pour y serrer des mains, renouant ainsi avec l’habitude de nos très anciens rois. Ceux-ci devaient manifester aux quatre coins de leurs fiefs qu’ils étaient bien en vie, qu’ils détenaient toujours le pouvoir et qu’ils étaient en mesure de l’exercer. Nos modernes présidents voyagent également beaucoup, mais davantage hors des frontières la capacité à fonctionner au loin, malgré les fatigues dus aux décalages horaires fait désormais partie des réquisits de la fonction présidentielle. Cela passe pour une évidence et pourtant, à l’heure de Skype et de la visioconférence, on peut se demander pourquoi la présence physique de nos chefs d’Etats et de gouvernements, au quatre coins de la planète, demeure nécessaire : une simple ligne téléphonique, enfin établie entre John Kennedy et Nikita Khrouchtchev n’a-t-elle pas suffi à éviter que la guerre froide ne bascule en apocalypse nucléaire ?

Vous me direz : les autres y vont : G8, G20, sommets européens, sommets de l’OTAN, sommets de la francophonie… Il faut bien que notre président soit sur la photo, si on veut éviter que notre pays tombe en deuxième division. En réalité, ces fameuses rencontres au sommet ne servent pas à grand-chose, puisqu’ils sont normalement précédés et accompagnés d’âpres négociations entre sherpas et que ces cérémonies rituelles sont essentiellement destinées à « acter », comme on dit en novlangue, des accords déjà passés. Et puis, il faut bien utiliser l’A330 présidentie l, l’ex-AirSarko One, devenu AirHollande One, avion unique pour un exécutif bicéphale. On s’en est aperçu lorsque Jean-Marc Ayrault a dû le ramener à Paris, écourtant son voyage en Chine, afin que François Hollande puisse se rendre aux cérémonies d’hommage de Nelson Mandela, à Johannesburg.

Ces voyages sont en tous cas des moyens d’affirmer l’influence de notre diplomatie. La France n’est certes plus la grande puissance qu’elle était encore à la veille de la guerre de 14, mais elle conserve une capacité d’intervention militaire qu’on a pu constater en Lybie, au Mali et ces jours-ci, en Centrafrique. Mais la diplomatie d’influence, avec laquelle s’identifie aujourd’hui Laurent Fabius va bien au-delà du seul poids militaire.

Un monde nouveau est en train d’émerger de la crise, qui voit de nouveaux acteurs internationaux, en ascension rapide, s’imposer sur le plan régional et développer les moyens d’un rayonnement international. Longtemps, la diplomatie française s’est identifiée avec le modèle d’intégration régionale offert par l’Union européenne et avec la propagation du droit international et la promotion des agences internationales. Nous disposons aussi de l’atout que constitue une langue qui est enseignée et parlée dans de nombreux pays du monde.

Et nous avons la chance de compter plusieurs sociétés française de dimension internationale . Malgré l’idée reçue, la France est non pas une victime de la mondialisation, mais un de ses acteurs majeurs et elle en est bénéficiaire. Contrairement à une autre idée reçue, ces groupes français ne sont pas cantonnés dans le luxe et l’agroalimentaire, mais couvrent une large gamme d’activités, comme la distribution, la construction, l’énergie, les services collectifs marchands, l’automobile, la finance. Mais comme l’écrit Patrick Allard, dans cet atlas de l’influence française que vous éditez, Michel Foucher, notre pays se veut le promoteur d’une « compétition loyale entre pays souverains ».

Il se sert de l’influence qu’ont acquise ses hauts fonctionnaires dans les instances internationales, comme le FMI, l’OMC et l’UE, pour poser les jalons d’une gouvernance de la mondialisation - un peu sur le modèle de la zone commerciale régulée qu'offre notre Union européenne.

Si nous voulons vraiment conserver une influence globale, ne faut-il pas songer à mutualiser davantage d’outils diplomatiques dans le cadre de l’Union européenne, afin de s’en réserver d’autres, proprement nationaux, afin de promouvoir nos intérêts, commerciaux notamment ?

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