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Nourrir la planète

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Chiffre rarement cité en cette époque qui n’aime que les mauvaises nouvelles – la part de la population mondiale souffrant de malnutrition est en baisse sensible . En chiffres absolus, mais même en pourcentage : on est passé de 18,6 % en 1990 à 12,5 % aujourd’hui. Reste qu’un humain sur 8 continue à souffrir de la faim. Et surtout, que la flambée des prix alimentaires enregistrée en 2008 a marqué un coup d’arrêt net à ce recul de la faim dans le monde. Est-il provisoire ?

Le défi est le suivant : entre 2010 et 2050, la population mondiale va s’accroître de plus de deux milliards d’individus , pour atteindre les 9 milliards. Les hommes continueront à affluer vers les villes en abandonnant les campagnes. Enfin, pour cause d’élévation spectaculaire du niveau de vie chez les émergents, la demande alimentaire - en produits carnés, notamment, a explosé ces dernières années certains évoquent un quasi-doublement des besoins agricole s, la FAO et l’OCDE préférant retenir une augmentation de 60 %. Serons-nous capables de nourrir la population mondiale ? Ou bien connaîtrons-nous des émeutes de la faim ? Des guerres de la faim ?

Au sommet de Rome, en 2008, la FAO a fixé pour objectif le doublement de la production agricole d’ici 2050. Si l’on considère l’évolution de cette production au cours des décennies écoulées, on peut être pessimiste sur les chances de parvenir à ce résultat. En effet, si la révolution verte des années 1970 à 1995 a permis d’augmenter fortement les rendements notamment du côté des céréales, on observe un tassement depuis lors.

Il n’y a guère que deux moyens d’augmenter fortement la production agricole mondiale : du côté de la productivité, en améliorant encore les rendements , du côté des surfaces cultivées, en mettant en exploitation de nouveaux sols . Chez les producteurs du Nord, industrialisés, il est difficile de faire beaucoup mieux. L’Union européenne aurait même plutôt tendance à encourager les agriculteurs à retirer une partie de leurs terres à la production en les vouant à la préservation du sol et des paysages.

Vous le disiez tout à l’heure, c’est chez les petits producteurs du Sud que se trouvent les gisements de productivité qui pourraient permettre d’améliorer fortement les rendements.

En réalité, coexistent deux types d’agriculture sur cette planète, l’une quasi-industrialisée et protégée, au Nord, archaïque et surexposée au Sud. Ecoutons la géographe Sylvie Brunet , ancienne présidente d’Action contre la faim :

« Il existe un clivage croissant entre une agriculture moderne, branchée sur les marchés mondiaux, largement financés par les pouvoirs publics et recourant à des techniques très intensives en capital, mais utilisant très peu de main d’œuvre, et une agriculture familiale paysanne, à base de petites exploitations, vivotant difficilement et ne parvenant pas à capter les marchés urbains nationaux. … La grande différence entre les agriculteurs du Nord, qui ne représentent que 2% de la population active, et ceux du Sud, qui en pèsent environ 60%, c’est que les premiers sont formés, protégés, qu’ils ont accès au crédit et à divers mécanismes d’aide, tandis que les seconds sont exposés de plein fouet aux fluctuations des marchés internationaux. » (Nourrir le monde, p. 23)

Toute la question est d’aider ces petits paysans du Sud à s’équiper afin de moderniser leurs exploitations, à les protéger, comme vous le disiez, à se protéger des excédents du Nord, bradés à vil prix au Sud, et à se prémunir contre la spéculation.

Que pouvons-nous faire, nous autres Européens, pour les y aider ?

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