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Nous sommes des sang-mêlés... et la République est laïque

4 min
À retrouver dans l'émission

Il y a des moments dans notre histoire nationale où certaines redécouvertes tombent étrangement à propos. Où certaines ombres semblent nous adresser, par-delà la tombe, des messages et des avertissements. Par quelle curieuse coïncidence fallait-il qu’on redécouvre, au fond d’une vieille valise, et qu’on publie, ces jours-ci, chez Albin Michel, le manuscrit d’un projet de livre oublié là par deux des plus grands historiens français du XX° siècle ? « Nous sommes des sang-mêlés, Manuel d’histoire de la civilisation française » fut co-rédigé par Lucien Febvre , le patron des Annales et François Crouzet , historien de l’économie de réputation internationale. Ils répondaient à une commande de l’UNESCO qui ne crut pas bon donner suite. Le manuscrit, oublié, dormit une soixantaine d’années. Il refait surface, je le disais, fort à propos.

Ce livre, qui se présente, en effet, comme un manuel d’histoire de France, est entièrement rédigé dans l’intention de montrer en quoi notre histoire nationale ne saurait être isolée, et cultivée comme un champ clos.

Dans une première partie, ses auteurs expliquent leur projet : toute grande civilisation est échangiste rien ne lui est propre, sinon la manière spécifique dont elle recombine, recompose, réaménage les éléments qu’elle a empruntés à droite à gauche. Sans possibilité d’échange, toute culture se sclérose.

Et c’est tout particulièrement vrai de la France , démontrent-ils dans une deuxième partie, qui suit le déroulement chronologique pour montrer la nature et la variété de nos emprunts. Normal, la France est géographiquement « un carrefour » où se croisent et se fécondent mutuellement des civilisations très différentes. La preuve : lorsque la Gaule tombe dans « l’isolement », aux VII° et VIII° siècles, du fait des conquêtes germaniques et de la fermeture de la Méditerranée par les conquêtes musulmanes, la civilisation périclite : on oublie les techniques romaines de construction en pierres de taille, les villes sont abandonnées, on perd son latin.

Il n’y a pas de « race française » et il n’y en a jamais eu. Nous avons été conquis par les Romains, en partie colonisés par les Grecs, envahis par les tribus barbares germaniques – et nous nous en sommes bien portés. Le fantasme d’une race pure, c’est une idée d’éleveur de troupeaux . Ne cultiver qu’une seule qualité, au détriment de toutes les autres, c’est une logique de boucher…

La première Renaissance, celle du XII° siècle, est en partie provoquée par la redécouverte d’Aristote, via un archevêque de Tolède qui l’avait fait traduire de l’arabe. La Renaissance, dont Lucien Febvre fut un très éminent spécialiste, est largement d’importation italienne et la Réforme, d’origine germanique. Au Grand Siècle, Corneille lui-même s’inspire du théâtre baroque espagnol et Nicolas Poussin de Raphaël et du Titien. Colbert tente d’appliquer les méthodes qui enrichissent les Pays-Bas. Au temps du Grand Roi, on se passionne pour les laques, les porcelaines et les soieries chinoises. Même aux temps où elle paraît dominer culturellement et politiquement l’Europe, la France s’assimile tout ce qui passe à sa portée .

En échange, - et c’est l’objet de la 3° partie – la France a énormément donné au monde : c’est d’Ile-de-France que part le courant architectural et mystique qui va recouvrir l’Europe d’églises et de cathédrales gothiques. La première Université d’Europe est créée au début du XIII° siècle à Paris : la Sorbonne deviendra le modèle d’une création d’universités dans toute l’Europe. Notre Révolution envoie au monde entier un message de liberté et de rationalité . L’ancien ordre social ne s’en relèvera nulle part en Europe. Le mouvement des nationalités, lancé en 1848, combinera, sur le modèle français, le patriotisme et la démocratie.

Il n’y a pas de civilisation française, nous disent les auteurs, il n’y a qu’une civilisation européenne. Elle est fondée sur la diversité de petites nations innovante s que leur émulation pousse à adopter ce que chacune a de meilleur à un moment donné.

Cette civilisation est fondée sur l’esprit de libre-examen, sur la liberté de pensée, de parole et de critique . La remise en question de tout dogme – surtout et y compris religieux. Les assassins d’enfants juifs et de militaires qui ont ensanglanté la région toulousaine, ces derniers jours, manifestement n’adhèrent pas à ce credo-là. Mais les pseudo-droits de Dieu dont ils se réclament - contre nos droits de l’homme - ne sont que rideau de fumée destiné à masquer les ambitions tout humaines de maniaques obscurantistes

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