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Obama, diplomate empêtré

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Obama devait compter avec une Chambre des Représentants nettement dominée par ses adversaires politiques républicains : 233 contre 199 Démocrates. Et cela ne peut que continuer. Que peut-il se produire, en politique étrangère, si le Sénat, jusqu’alors dominé par les Démocrates (53 contre 45 Républicains) venait, lui aussi, à passer à droite ?

En politique étrangère, rappelle James Lindsay du Council on Foreign Relations, le Congrès peut, dans une certaine mesure, empêcher le président d’agir, mais il ne dispose pas du pouvoir de l’obliger à faire . Certains Républicains – pas tous – estiment que les Etats-Unis devraient s’impliquer davantage en Irak et en Syrie, afin de contrer le prétendu « Etat islamique ». Mais l’opinion américaine demeure nettement opposée à une intervention militaire impliquant l’envoi de troupes au sol. Les faucons républicains voulaient que les Etats-Unis équipent d’armes lourdes l’Armée Syrienne Libre. Est-ce encore d’actualité, alors que la relégitimation de facto du régime de Bachar al-Bachar , intervenue à la fin de l’été 2013, apparaît à Dominique Moïsi comme « le tournant décisif » de la politique étrangère de Barack Obama ? Barack Obama avait fait, de l'usage des armes non-conventionnelles, une "ligne rouge" à ne pas franchir. Pour tenter de gagner Poutine à sa cause sur le dossier du nucléaire iranien, il a laissé Bachar utiliser l'arme chimique contre ses daversaires. Et s'est ainsi décrédibilisé.

Aux yeux de Moïsi, sans être le seul coupable du déclin relatif des Etats-Unis dans le monde, Barack Obama en porte une part de responsabilité. Il en veut pour preuve l’échec de John Kerry sur le dossier israélo-palestinien . Celui-ci a démontré que les Etats-Unis ne contrôlaient plus leurs alliés. Pourtant, les commentateurs américains autorisés avaient apprécié la gestion des Printemps arabes. Washington est parvenu, écrivait ainsi Foreign Affairs, à apporter son concours au renversement des despotes Ben-Ali, Moubarak et Kadhafi, sans s’aliéner ses alliés du Golfe.

Sur le dossier ukrainien, il ne semble pas y avoir de divisions profondes, ni entre Démocrates et Républicains, ni au sein des deux partis. Des deux côtés, on entend « faire davantage pour l’Ukraine », d’autant que les récentes élections ont démontré la forte légitimité du pouvoir, à Kiev – que Moscou ne peut plus présenter comme issu d’un « coup d’Etat fasciste ». Mais à part, une rhétorique plus véhémente et des sanctions supplémentaires envers Moscou, que peuvent bien faire les Américains pour contrer les visées impérialistes de Poutine ? demande Norman Ornstein, de l’American Entreprise Institute. « En Russie, explique Mikhaïl Khodorkovski dans le Wall Street Journal , tout le monde considère que les Etats-Unis ne sont pas prêts à se battre. Fin de la discussion . »

Car si les Américains ne contrôlent plus leurs alliés, se contentant de les espionner, beaucoup s’interrogent, aujourd’hui, sur la valeur réelle de l’alliance américaine. « Tous les commentateurs s’accordent sur ce message essentiel, écrit encor Bret Stephens, n’ayez pas peur des Etats-Unis, ne faites pas confiance aux Etats-Unis et n’attendez pas qu’ils viennent à votre secours . »

On s’en souvient, Barack Obama avait promis un « pivot stratégique vers l’Asie ». Il s’agit d’y équilibrer une montée en puissance de la Chine qui inquiète ses voisins, tout en incitant Pékin à assumer les responsabilités que lui crée son statut de grande puissance. Est-ce un succès ? Les Etats-Unis sont-ils encore crédibles en mer de Chine méridionale ? Il semble bien que le "pivot" ai tourné court et que les Américains soient à nouveau entraînés dans le bourbier moyen-oriental.

C’est sur l’Iran que cela risque de coincer le plus évidemment . Si un accord était signé entre Obama et le pouvoir iranien, ce qui pourrait intervenir d’ici la fin de ce mois, il resterait à le faire ratifier par le Sénat. « Et je pense que les Républicains vont se montrer méfiants à propos d’un accord sur le nucléaire conclu avec un pays en qui ils n’ont pas confiance », dit Julian Zelizer, professeur à Princeton.

En fait, tout dépendra de la manière dont chaque partie voit ses intérêts électoraux : si les Républicains veulent démontrer leur capacité à gouverner, ils n’auront probablement pas intérêt à faire preuve d’obstruction. Mais les démocrates ne sont crédités ni d’une vision, ni d’une politique. L’histoire mondiale va très vite. La paralysie américaine peut-elle créer de dangereuses opportunités pour les Etats-voyous et prédateurs s’ils savent que le shérif américain est affaibli et s’ils viennent à apprendre que ses adjoints le retiennent en outre prisonnier dans son bureau ?

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