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Obama fait ses adieux à une Europe qui l'inquiète

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Le monde se divise de plus en plus en régimes libéraux et autoritaires. Et le président américain craint que certains, en Europe, soient tentés par l'autorité.

Obama, président en fin de mandat est officiellement venu souhaiter un happy birthday à la gracious queen. En réalité, il était surtout venu soutenir de son prestige les partisans du maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne. Et prévenir les partisans du Brexit que les Etats-Unis leur feraient payer très cher leur éventuelle victoire. Ce qui resterait de l’ex-Grande-Bretagne après avoir largué les amarres avec le continent ne pourrait se prévaloir d’aucune sorte de « special relationship ». Contrainte de renégocier tous ses accords commerciaux avec les Etats-Unis de manière bilatérale, le pays se trouverait, a menacé Obama, à l’extrémité de la file d’attente.

Ensuite, il s’est rendu à Hanovre, pour honorer le leaderhip allemand et plaider pour une signature rapide du Traité transatlantique TTIP. Avertissement qui visait aussi un effet sur la campagne électorale présidentielle aux Etats-Unis : Donald Trump est un partisan acharné du protectionnisme. S’il parvenait à se faire élire, l’Allemagne, dont les Etats-Unis sont devenus le premier client, se verrait refouler du marché américain…

On croyait qu’Obama considérait la vieille Europe avec un certain dédain, dans la mesure où, pour lui, le destin du monde se joue dorénavant autour du Pacifique. « Je suis venu ici, au cœur de l’Europe, pour dire que les Etats-Unis et le monde entier ont besoin d’une Europe forte, prospère, démocratique et unie », a lancé le président américain. En creux, tout ce qu’elle est de moins en moins. Car si le continent de naissance de la démocratie parlementaire et libérale venait à se détourner de ce modèle, actuellement contesté, les Américains se sentiraient bien seuls à l’incarner et à le promouvoir.

Or, telle est bien la situation du monde. Le clivage central de notre époque n’oppose plus le monde capitaliste, dominé par les Etats-Unis, au monde communiste, dirigé par l’Union soviétique, comme ce fut le cas au XX° siècle. Le communisme a perdu la bataille avec l’effondrement de l’URSS et ne survit que dans des bastions en ruines, comme la Corée du Nord. Non, l’opposition politique qui donne son sens à ce début de XXI° siècle, c’est celle qui oppose les régimes libéraux aux régimes autoritaires. Et dans chaque pays, le clivage droite/gauche, s’il persiste, tend à être supplanté, là encore, par la bataille politique entre courants libéraux et autoritaires.

Renée Fregosi, dont j’avais déjà présenté ici le livre Les nouveaux autoritaires, a publié là-dessus vendredi dernier dans Le Figaro, un article lumineux. L’ancienne directrice de l’Institut socialiste d’études et de recherches observe la multiplication récente des populismes, de Poutine à Chavez ou de Orban à Erdogan. Ces régimes musellent les médias, truquent les élections, cultivent des nationalismes ombrageux et revanchards. Leurs leaders se déguisent en justiciers, défenseurs du vrai peuple contre les élites ; ils se font censeurs et, au nom de la morale ou de la religion, traquent l’esprit critique et la libre pensée.

L’Europe, qui fut durant des siècles, le refuge des libre-penseurs, n’est pas à l’abri. L’autocensure se répand de manière inquiétante. "Pourquoi ne peut-on plus parler de l’islam qu’en présence de son avocat ?" interroge Jacques Julliard ce matin dans Le Figaro.

L’échec de la machinerie bruxelloise à anticiper les défis – de la crise financière aux migrations de masse – provoque, parmi les peuples européens, déçus et inquiets, un désir d’autorité et de protection qui risque de se retourner contre la démocratie libérale elle-même. Partout, des agitateurs populistes, des intellectuels mués en gourous de sectes, tentent de récupérer au profit de leur appétit de pouvoir, la montée des frustrations. Ces mouvements animés de passions tristes, qu’ils se réclament de la droite, de la gauche, ou d’autre chose, ont généralement en commun la même haine des Etats-Unis et de ce que Barack Obama aura incarné : la compétence, la décence, la mesure.

Pas étonnant que le président américain, à la veille d’entrer dans l’histoire, vienne nous rappeler que nous partageons non seulement les mêmes valeurs, mais que nous avons globalement les mêmes intérêts.

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