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Occupy contre l'assouplissement quantitatif

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Il y a des jours où on viendrait à douter de la démocratie. Alors que l’économie mondiale semblait repartir cahin-caha – même en Europe, voici que deux crises politiques majeures mettent en péril la reprise et menacent de nous faire retomber dans la récession et son cortège de fermetures d’entreprises.

A Washington, l’Etat fédéral est au chômage technique . La Chambre des représentants, à majorité républicaine, a décidé d’entamer un bras de fer avec le Président à propos de sa réforme du système de santé américain, dite Obamacare. La classe politique américaine, autrefois louée pour sa modération et son sens du compromis, est dorénavant sous la coupe de ses extrêmes. Aux primaires, ce sont souvent les plus bruyants qui remportent l’investiture. On a le sentiment d’assister à un épisode de la série House of Cards.

En Italie, c’est le chef du fragile gouvernement, Enrico Letta, qui compare sa situation à celle vécue par le film Groundhog Day. Le héros, joué par Bill Muray, revit la même journée plusieurs fois de suite. Silvio Berlusconi a lancé son mouvement, à l’époque baptisé Forza Italia, il y a juste vingt ans. Les leaders de la gauche italienne se sont succédé. Berlusconi, lui, est toujours le chef de file de la droite. En réclamant à ses ministres leur démission du gouvernement, le Cavaliere menace de provoquer de nouvelles élections et de déstabiliser, non seulement l’Italie, championne d’Europe de la dette publique, mais toute la zone euro . Irresponsable.

Car, comme l’écrit le célèbre économiste Nouriel Roubini, les facteurs qui avaient créé la crise de l’euro sont encore là. Plusieurs pays ont imité l’Allemagne et restauré leur compétitivité, en abaissant le coût unitaire de main d’œuvre (Espagne, Portugal, Grèce et Irlande), ce n’est toujours pas le cas de l’Italie et de la France. Or le vieillissement de leur population et l’alourdissement continuel de leurs dettes, poursuit Roubini, empêchent les gains de productivité et le retour de la croissance. Les avancées vers l’union bancaire restent insuffisantes. Tout peut repartir.

On lira aussi la mise en garde rédigée par le Président de la Bundesbank dans le Financial Time d’hier. On a encouragé les banques, dit-il, surtout les plus fragiles, à se gaver d’emprunts d’Etat . C’est un investissement juteux : elles empruntent à 0 % grâce aux largesses de la BCE, et leur Etat leur verse de coquets dividendes sur ses dettes - aux frais des contribuables. Ainsi sont-elles dispensées de procéder au rééquilibrage de leurs comptes, pourtant nécessaire. Les Etats ne sont pas davantage incités à se réformer et peuvent continuer leur course folle à l’endettement. Mais les banques, se sachant fragilisées par la multiplication, sur leurs livres de comptes, de ces obligations d’Etat douteuses, rechignent à financer l’économie réelle. Jens Weidmann réclame en conséquence que les prix du crédit cessent d’être faussés par les rachats massifs de titres par la BCE – version européenne de « l’assouplissement qualitatif » américain.

A propos de cette politique – qui consiste pour la FED à racheter tous les moins pour 85 milliards d’actifs douteux, et à inonder le marché de monnaie, on lira l’article de l’ancien président de Morgan Stanley pour l’Asie, Stephen S Roch sur le site Project Syndicate. Il y démontre que cette politique dangereuse, destinée à créer un « effet de richesse », n’a favorisé, en réalité, que les 10 % des Américains les plus riches. Et il appelle, cela vous plaira, David Graeber, à un mouvement « Occupy contre l’assouplissement quantitatif »…

Je crois bien avoir été le premier à parler de vous sur cette chaîne. Le 3 juin dernier, dans ma chronique consacrée aux débats d’idées à l’étranger, L’hebdo des idées, j’ai présenté votre Democracy Project, tiré de votre expérience du mouvement Occupy Wall Street, mouvement qui semble avoir laissé peu de traces dans la vie politique américaine.

C’est à ce titre que je me permets de vous poser une hypothèse, qui paraît contredire assez frontalement votre théorie de l’endettement. C’est le « too big to fail » : certains Etats, certaines banques, en faillite virtuelle, ont été sauvés parce qu’ils risquaient d’entraîner dans leurs ruines non seulement leurs actionnaires, déposants ou fonctionnaires, mais parce que leur faillite pouvait entraîner un cataclysme beaucoup plus ravageur dans leur éco-système. Les prêteurs ne sont-ils pas devenus ainsi les otages de leurs emprunteurs ?

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