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OTAN : peut encore servir ?

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63 bougies pour l’Alliance atlantique, une des alliances militaires les plus durables de notre histoire. Créée en 1949, pour offrir aux petites nations de l’Europe occidentale la protection militaire des puissants Etats-Unis d’Amérique contre la menace d’invasion, caressée alors par Staline, elle aura donc survécu, contre toute attente, à la situation qui l’avait fait naître. Plus de guerre froide, plus besoin d’Alliance atlantique , a-t-on dit un moment, après l’implosion de l’Union soviétique et le retour à l’indépendance des petite nations asservies d’Europe centrale. Au contraire, l’Alliance s’est étendue à elles, symbolisant le retour en Europe de cet « Occident kidnappé » , nommé par Milan Kundera.

Mais si l’OTAN a survécu, c’est qu’elle a démontré son utilité à plusieurs reprises. Une première fois, dans les années 1990, dans les Balkans , où la détermination de Bill Clinton aura permis de mettre un terme définitif au lâche attentisme dont avaient longtemps fait preuve les Européens face aux agressions de Milosevic contre les Croates et les Bosniaques, puis contre les Kosovars.

L’année dernière, de l’autre côté de la Méditerranée, ce sont les avions de combat français et britanniques, appuyés par les capacités américaines d’identification des cibles, basés en Italie dans le cadre de l’OTAN, qui ont permis, aux villes libyennes révoltées contre le régime de Kadhafi , d’échapper à « l’extermination » que leur promettait le « Guide de la révolution ».

Mais ce fait d’arme, parfaitement accompli puisque les frappes contre les forces du dictateur ont, cette fois, su éviter les « dommages collatéraux » dont ce type d’intervention est coutumier, pourrait bien être le dernier.

Bien des faits plaident, en effet, pour une forte réduction de voilure de l’Alliance atlantique, sinon pour sa mise en sommeil définitif.

Il y a d’abord le déclin européen. Le continent vieillissant se débat dans une crise financière qui n’est que le symptôme d’une perte globale de puissance et d’une capacité à peser sur le cours du monde qui s’amenuise. Nous n’avons tout simplement plus les moyens de notre défense.

Basé à Londres, l’International Institute for Strategic Studies, qui fait autorité sur les questions militaires, relève que, pour la première fois dans l’histoire moderne, cette année, les dépenses de défense des pays asiatiques vont dépasser celles des pays européens .

Certes, le secrétaire-général Rasmussen a un plan ce qu’il appelle « smart defense » (défense maligne) consisterait notamment à unifier la production d’un certain nombre de matériels et de munitions pour réduire leurs coûts, et à spécialiser certains pays européens dans une tâche particulière : à l’un les drones de reconnaissance, à tel autre, la fabrication de porte-hélicoptères.

Il tire ainsi les conséquences de l’agacement des Américains face à ce qu’ils ressentent comme une incapacité des alliés européens à maîtriser la totalité des compétences nécessaires pour mener une opération militaire d’envergure.

Dans un discours resté fameux, en forme de bilan de l’opération libyenne, l’ancien Secrétaire d’Etat à la défense américain, Robert Gates , avait mis en garde les Européens contre leurs faiblesses : « Les avions de combat les plus sophistiqués sont de peu de poids si les alliés ne disposent pas des moyens d’identifier et de frapper les cibles ».

Plus généralement, la diplomatie américaine, depuis l’arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche, considère que l’Europe n’est plus une priorité. L’Asie est la « région cruciale » pour l’avenir. Aux Européens de se défendre tous seuls comme des grands. Obama, dont le pays consacre 4,8 % du PIB à da défense , voudrait que les Européens portent leur propre effort dans ce domaine à 2 %. Actuellement, nous en sommes à 1,6 % en moyenne . 1,9 % pour la France.

Mais l’actualité, c’est le prochain retrait des troupes de combat de l’OTAN d’Afghanistan , retrait que François Hollande veut anticiper. Certes, la France pèse de peu de poids sur le terrain par rapport aux Américains, mais si le départ des Français donnait le signal d’une fuite éperdue générale, suivie d’un rapide retour des talibans à Kaboul, cela pourrait signifier la faillite de l’OTAN.

En 1981, la gauche au pouvoir rêvait un « espace politique disposant d’une défense autonome » et considérait que l’UEO pouvait constituer en la base. Que reste-t-il, aujourd’hui, de ce projet de constituer un « pilier européen » de défense indépendant des Américains ? Le retrait progressif des troupes américaines d’Europe, remplacées par un bouclier anti-missiles qui manifeste la fin du « linkage » entre les défenses américaine et européenne peut-il lui redonner une actualité ?

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