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Pacte de stabilité et/ou Pacte de croissance

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Quelle touchante unanimité ! De François Hollande à Angela Merkel, en passant par Mario Draghi, le président de la BCE, et Herman van Rompuy, celui du Conseil européen, voici que tout le monde proclame : Oui, il faut rajouter un « pacte de croissance » au « pacte de stabilité budgétaire », signé en mars par 25 des 27.

C’est Mario Draghi , pourtant connu pour un économiste des plus orthodoxes, qui a lancé l’offensive. « Nous avons eu un pacte fiscal, ce qui est le plus présent à mon esprit à présent est de se doter d’un pacte de croissance. » Aussitôt, Libération de s’enthousiasmer de ce « renfort inattendu » pour le candidat de la gauche aux présidentielles. Et certains commentateurs d’évoquer carrément une « conversion » de Draghi aux thèses hollandistes d’une « renégociation du Pacte de stabilité ».

Mais comme l’écrit Stefan Kaiser dans leSpiegel , « ce que le président Draghi a en tête a peu à voir avec les idées du socialiste François Hollande (…) la position de Draghi est plus proche de celle de la chancelière Angela Merkel. » Là où les Français pensent en terme de stimulation de la demande, Merkel et Draghi, hostiles à rajouter de la dette qui refusent une aggravation des dettes, pensent réformes de structure.

Ainsi s’explique la méprise des commentateurs français. Généralement nourris au keynésianisme, ceux-ci n’imaginent pas d’autre moyen de stimuler la croissance que par des politiques de la demande, relançant la consommation par le déficit des comptes publics. Pourtant, nous autres, Français, qui avons derrière nous presque quarante ans de déficits budgétaires ininterrompus - pour une croissance qui n’a cessé de fléchir au point de s’épuiser-, nous devrions être vaccinés contre cette superstition.

Mais lorsqu’on parle de « réformes de structure », il existe, là encore, bien des interprétations possibles. Les Allemands, comme Mario Draghi, songent aux réformes de Schröder - l’Agenda 2010, qui ont fait subir à leur Etat-providence une sévère cure d’amaigrissement. Les Italiens, eux, aux réformes du marché du travail lancées par Mario Monti.

Tout le monde semble avoir oublié la lettre des 12 chefs d’Etats européens du 22 février dernier, appelant à stimuler la croissance par une série de mesures de libéralisation – du marché de l’énergie et du commerce sur internet, en particulier. Les médias français ont bien peu relayé cette initiative, émanant pourtant de pays importants, comme le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne, la Suède, la Pologne, les Pays-Bas. Sans doute, parce qu’elle va à l’encontre des politiques prônées tant par François Hollande que par Nicolas Sarkozy.

Loin de prôner des grands travaux, comme Hollande, ou de nouvelles taxes aux frontières, les 12 prônaient au contraire une plus grande ouverture commerciale réciproque de l’Union avec l’Amérique du Nord et le Japon. Moins de frontières et non pas davantage .

En tous cas, et quels que soient les malentendus sur la notion de « pacte de croissance », il devient de plus en plus évident qu’on ne peut pas imposer à des pays déjà mal en point des plans d’austérité budgétaire trop drastique. Tout le monde sait que l’objectif de ramener le déficit budgétaire espagnol au plafond de 3% en 2013 ne pourra pas être tenu. La spirale dépressive s’auto-entretient , lorsque les coupes budgétaires et les hausses d’impôts ne sont pas accompagnées de mesures susceptibles de favoriser la création d’emplois. L’heure est au soutien de l’activité et à la relance de la croissance. C’est une idée qui fait son chemin au point d’Angela Merkel annonce un « Agenda croissance » pour le sommet européen de juin.

Si François Hollande fait semblant de croire qu’il a été entendu, Nicolas Sarkozy, lui, semble en retard d’une évolution mentale.

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