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Pékin à la croisée des chemins

4 min
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Admettons, Marc, que je sois Jean-Pierre Raffarin, ou Martine Aubry. Que je sois un sherpa de François Hollande, qu’on ait chargé de lui rédiger une note brève sur le pays où il débarque. Hé bien voici ce que je lui écrirais. On peut rêver, hein, Marc.

La Chine est d’ores et déjà la deuxième économie du monde globalisé . Elle a dépassé le Japon, si l’on mesure le PIB au taux de change courant et elle a doublé l’Allemagne comme premier exportateur mondial. Les experts divergent quant à la date précise à laquelle son PIB dépassera celui des Etats-Unis, mais c’est prévu et c’est pour bientôt : au cours de la prochaine décennie. Sa compétitivité lui a valu des excédents commerciaux fabuleux, estimés à 3 500 milliards de dollars , dont elle ne sait plus quoi faire, depuis que les Bons du Trésor américains, habituel refuge du gros épargnant, rapportent de moins en moins à cause des truquages de la FED et que l’énormité de la dette américaine rend vraisemblable une forme ou l’autre de défaut. Du coup, la Chine diversifie ses placements et investit beaucoup notamment en Europe, via son Fonds souverain. Vous avez vu ce qui est arrivé au Port du Pirée, formidable plate-forme à faire entrer en Europe toujours davantage de produits chinois sur le Vieux Continent.

La Chine n’est déjà plus l’atelier du monde. Les salaires de ses employés augmentant très rapidement, elle délocalise à son tour une partie croissante de sa production chez ses voisins asiatiques . Surtout, elle consomme énormément de matières premières et de ressources énergétiques, ce qui la conduit, sur le plan diplomatique à chercher à sécuriser ses voies de navigation en mer de Chine et à revendiquer un leadership incontesté sur la région. Mais ses prétentions sur les eaux territoriales en mers de Chine orientale et en mer de Chine méridionale sont telles qu’elle a fini par inquiéter ses voisins. Pas seulement le Japon, avec le conflit portant sur les îles Senkaku ou Diaoyu, selon la puissance en revendiquant la souveraineté. Mais aussi, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie. Les Américains, qui tentent de contenir l’expansion chinoise, lui opposent leur Partenariat Trans-Pacifique , une zone de libre-échange commercial, où ils essaient d’encourager les investissements et de faire respecter le droit de propriété intellectuelle. Mais ils ne peuvent pas empêcher le basculement de tous les voisins de la Chine dans sa propre attraction commerciale. La Chine est devenue le premier partenaire commercial du Japon lui-même, supplantant les Etats-Unis.

Mais le pays se trouve, à nouveau, à la croisée des chemins . Alors que le Parti communiste, qui dirige le pays sans aucune concurrence, vient de renouveler sa direction sans rupture, la Chine doit relever plusieurs défis. Le mécontentement social grandit dans tout le pays et les réseaux sociaux lui donnent un écho inconcevable dans l’ancienne URSS. La population est de plus en plus exaspérée par la pollution suscitée par une croissance basée sur l’exploitation du charbon. Les Chinois exigent aussi une purge des cadres corrompus. Le mode de développement qui a permis à la Chine une croissance à un rythme sans précédent dans l’histoire de 10 % par an entre les années 1980 et 2010 ne pourra être poursuivi, car la demande mondiale ne suit plus.

Le réservoir de main d’œuvre peu exigeante, venu des campagnes, va se tarir. Et la classe moyenne éduquée des grandes villes est de plus en plus exigeante en matière de nourriture et de logement, en particulier. La nouvelle équipe dirigeante est-elle à la hauteur ? Sur le site du Carnegie Endowment, les auteurs d’une note bien informée font part de leurs doutes les conditions réunies à la fin des années 90, celles qui ont permis à Zhu Rongji une vague de réformes, n’existent pas pour le moment. Trop de forces politiques et sociales ont intérêt au statu quo et le Parti unique est trop attaché à la stabilité politique pour déclencher un grand chambardement.

Voilà ce que j’écrirais, Marc, si j’étais chargé d’une note très très synthétique pour le président de la République. Mais il a surement quelque chose de beaucoup plus élaboré dans sa serviette…

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