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Perdre l'Afghanistan ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Si vous allez sur le site du think tank américain Carnegie Endowment for Peace, vous trouverez une longue conférence donnée sur place en septembre dernier par Ryan Crocker. Ryan Crocker a servi comme ambassadeur des Etats-Unis au Liban, au Koweit, en Syrie, au Pakistan, en Irak et finalement en Afghanistan. Dégagé de ses responsabilités depuis l’été dernier, il affirme avoir recouvré une totale liberté de parole. Et que dit Ryan Crocker ?

« Nous avions noué une alliance complexe », reconnaît-il, avec certains Afghans qui combattaient les Soviétiques, dans les années 80. Lorsque les Soviétiques ont quitté le pays définitivement, en 1992, nous ne nous sommes pas suffisamment intéressés à l’Afghanistan, qu’une guerre civile terrible a ravagé, entre 1994 et 1996. Mais les attentats du 11 septembre, revendiqués par Al Qaïda, qui disposait dans l’Afghanistan du Mollah Omar, de camps d’entraînement, ont brutalement réveillé les Etats-Unis. L’ex-ambassadeur révèle, au passage, l’importance de l’aide apportée par les Iraniens aux Américains , pour venir à bout des talibans, au début de leur campagne, en 2001. Mais cela n’a pas duré longtremps.

Quand je suis arrivé pour la première fois à Kaboul, en 2002, raconte Ryan Crocker, je n’avais jamais vu une ville à ce point dévastée. Berlin en 1945 devait ressembler à ça : des habitations en ruines, plus d’eau, ni d’électricité, plus d’écoles, plus rien. Ceci, évidemment, pour contraster avec le tableau assez brillant qu’il dresse de la situation actuelle : une société civile en pleine ébullition, avec des femmes à tous les postes de responsabilité, tant dans le gouvernement qu’à la tête des entreprises privées des routes construites et reconstruites à travers tout le pays une jeunesse qui répète : « nos parents et nos grands-parents ont détruit ce pays, et nous, nous allons le reconstruire ». La sécurité s’est considérablement améliorée et les forces de sécurité afghanes sont solides.

L’ex-ambassadeur se montre optimiste pour la stabilité du pays, après le départ de la coalition internationale, en 2014. Les élections qui auront lieu, cette année-là, verront Hamid Karzaï, élu en 2004 avec 55 % des voix, prendre sa retraite. Les minorités ethniques du Nord savent qu’elles ne peuvent pas gagner, mais se voient dans le rôle de « faiseur de roi », car il y aura nécessairement des coalitions. Bref, l’OTAN peut partir la tête haute, mission accomplie .

Mais sur le site d’un autre think tank américain, la Brookings Institution , Vanda Felbal-Brown , dresse un tableau de ce qui attend l’Afghanistan après le départ des troupes américaines beaucoup moins optimiste. Le pays est contrôlé par des maffias, le népotisme règne. A l’est, les Haqqanis , qui opèrent à proximité du Pakistan et y disposent de refuges, sont loin d’être défaits. Et nul ne sait s’ils se rallieront aux talibans ou plutôt à Al-Qaïda. Le retour de la guerre civile est tout à fait possible et aurait des répercussions terrifiantes sur la stabilité de la région des groupes terroristes pourraient, par exemple, mettre la main sur du matériel nucléaire au Pakistan.

Bref, les Américains se débattent avec des problèmes de gestion de crise qui illustrent l’inadéquation de nos anciens paradigmes , conçus dans le cadre de la logique des blocs et des affrontements entre Etats. Or, les blocs ont disparu, nous faisons face à une prolifération d’Etats défaillants , supplantés par des maffias et des mouvements identitaires et/ou sectaires transnationaux. Dans le cadre de guerres asymétriques , l’articulation des moyens militaires et des finalités politiques relève d’un art difficile.

Comme le disait Jean-François Bureau , récemment à un colloque sur la gestion de crise, à l’ENA, quels sont les critères du succès en Afghanistan ? L’élimination des talibans ? Ou le pourcentage de jeunes filles scolarisées ? On perd souvent de vue que l’arbitre, c’est l’opinion publique et que la communication est une arme que nos adversaires maîtrisent admirablement. En ce qui concerne nos opinions publiques, disait aussi Jean-François Bureau, une opération qui dure est perçue comme un échec. Allons-nous perdre l’Afghanistan ?

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