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Perspectives économiques américaines

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Obama est encore loin d’avoir accompli son deuxième mandat, mais déjà les économistes commencent à ébaucher des bilans de sa présidence. La conjoncture, aux Etats-Unis, est satisfaisante : avec 75 000 créations d’emploi en décembre et 113 000 en janvier, le chômage revient à ses niveaux d’avant-crise, à 6,6 %. Rappelons qu’il est le double dans la zone euro.

Le rythme de croissance annualisé du dernier semestre de l’an dernier, 3,7 %, confirme que les Etats-Unis sortent de la crise . La majorité des prévisionnistes estiment que l’année 2014 sera une année faste pour l’économie américaine. Christophe Barraud , ce jeune économiste français, récemment sacré meilleur prévisionniste de l’économie américaine par Bloomberg, estime qu’elle pourrait atteindre 3 %.

Pourtant, à l’heure actuelle, l’héritage d’Obama demeure décevant , d’après le New York Times. La croissance moyenne sous son mandat s’établit, pour l’heure, à 1,8 %, contre 2,5 % - jusqu’au commencement de la crise sous George W Bush et 3,8 % sous Clinton. Sur le front de l’emploi, on demeure loin des performances d’un Bill Clinton , qui l’avait fait reculer de 7,3 % à 4,7 % au cours de ses deux mandats. Oui, l’économie américaine, qui était déjà beaucoup plus florissante que celle de l’Europe avant la crise, l’est bien davantage après – la consommation par tête aux USA dépasse celle de la zone euro de 49 %. Il n’y a plus de convergence, mais une divergence d’évolution entre les deux rives de l’Atlantique et nous devrions nous demander pourquoi.

Oui, l’état de santé du malade américain s’améliore sensiblement, mais quelles sont les perspectives à moyen et à long terme ?

Dans l’immédiat, la perfusion qui a permis ce rétablissement de l’économie américaine, va délivrer des doses de plus en plus faibles de produits dopants. Le « soutien non conventionnel » prodigué par la FED, sous forme de taux d’intérêt proches de zéro et d’achats de bons du Trésor visait le retour du chômage à 6,5 % : on y est presque. La banque centrale américaine va tout de même continuer à acheter pour 35 milliards de dollars par mois de bons du Trésor américains . Une drôle de manip, tout de même : une banque centrale qui achète les emprunts émis par son propre Etat... De même, les taux d’intérêt resteront absurdement bas, aux alentours de 0 %, tant que l’inflation n’aura pas atteint 2,5 %.

Vue de notre Union européenne, dominée par la pensée économique allemande, la politique monétaire américaine paraît risquée. Mais elle a l'avantage de réussir... La BCE aussi a racheté de la dette publique des pays menacés de ne plus parvenir à se refinancer sur les marchés. Mais elle l’a fait avec réticence, parce que sa mission n’est pas d’animer l’économie, mais de veiller au risque d’inflation.

Maintenant, quel est l’avenir prévisible de l’économie américaine ? Il y a des économistes très pessimistes. On lira avec intérêt l’article de Bradford Delong, un ancien responsable de l’administration Clinton, qui prédit un long enlisement à la japonaise . Les taux zéro, c’est bien gentil, mais cela décourage l’épargne et donc limite les investissements. Sur le même site, Project Syndicate, que notre premier ministre Jean-Marc Ayrault a gratifié il y a quelques temps d’un article en anglais sur les réformes menées en France, l’ancien responsable du conseil économique de Ronald Reagan, Martin Feldstein, estime que le tassement de la population active et son vieillissement vont provoquer un ralentissement inéluctable de la croissance américaine.

Mais un article du New York Times a beaucoup donné à réfléchir, ces derniers jours. C’est l’éditorial de David Brooks, enjoignant Barak Obama de construire, après les élections de mi-mandat, une majorité bipartisane, afin de faire voter les réformes qui lui tiennent vraiment à cœur . Déjà, le président a décidé de porter de 7,5 dollars de l’heure à 10 dollars le salaire minimum des deux millions de salariés du privé, qui travaillent pour l’Etat fédéral. Obama, ancien animateur social, a toujours prétendu qu’il voulait équiper les Américains marginalisés des moyens de faire leurs preuves. Dans la logique des « capabilités » d’Amartya Sen, il voudrait que l’Etat aide les jeunes défavorisés à pouvoir se marier, afin d’assurer à leurs enfants un cadre de développement stable et rassurant. C’est peut-être dans les deux dernières années de son mandat que le véritable Obama va pouvoir donner la pleine mesure de ses capacités.

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