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Peur du chômage et burn out

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Curieux pays que le nôtre : d’un côté, voici Benoît Hamon, ci-devant ministre, qui tente de faire oublier l’échec politique des frondeurs au sein du PS, en prétendant faire reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle . De l’autre, François Rebsamen, ministre du Travail et de l’Emploi, qui doit admettre que le chômage continue à s’aggraver, de mois en mois, malgré un semblant de reprise. Le nombre de chômeurs vient, en effet, d’atteindre un nouveau pic. 26 000 personnes supplémentaires se sont inscrites en catégorie A au cours du mois d’avril. Ce qui porte le nombre des travailleurs sans aucune activité, dans notre pays, à 3 536 000. Les chômeurs, toutes catégories confondues, sont aujourd’hui 5,3 millions.

Un président qui avait prétendu faire de l’emploi sa priorité, porte la responsabilité d’une augmentation sans précédent du chômage : 641 200 chômeurs supplémentaires en trois ans. Ce dont les Français ont s besoin, ce n’est pas qu’on les protège au travail, mais qu’on leur procure des emplois ?

chômeur
chômeur Crédits : blog - Radio France

Les médias nous abreuvent de reportages et de documentaires sur la « souffrance au travail », le harcèlement moral, les méthodes de management provoquant des risques psycho-sociaux. Remarquez combien rares sont les enquêtes et les témoignages portant sur la situation de chômage, cette véritable mort sociale. Le film « La loi du marché » fait une heureuse exception. Pourtant, la vraie souffrance sociale, c’est là qu’on la trouve. Qu’on nous parle de la souffrance au chômage. C’est l’inactivité forcée, avec son cortège de misère, qui est douloureuse.

or, le chômage n’a rien d’inéluctable. Il ne tient ni à la concurrence des ouvriers chinois et des informaticiens indiens (dont les salaires augmentent à une vitesse phénoménale), ni à l’euro fort (qui ne l’est plus), ni une soi-disant « politique de rigueur » bien introuvable chez nous : il y a moins de 5 % de chômeurs en Allemagne et en Autriche, à peine davantage en Grande-Bretagne. Un pays comme l’Estonie, qui s’est appliqué une vraie politique d’austérité, a aujourd’hui un taux de chômage deux fois inférieur au nôtre. Et les créations d’emplois ont bien repris en Irlande, autre pays ayant subi une cure d’austérité. En réalité, la France est à peu près le seul pays d’Europe où la courbe du chômage ne s’est pas inversée .

Le gouvernement s’est arrangé pour faire bloquer l’amendement de Benoît Hamon au Projet de loi sur le dialogue social, par le président de la Commission des finances, l’UMP Gilles Carrez. Reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle, comme le réclamait l’ancien ministre de l’Education nationale aurait pu avoir des conséquences désastreuses – en particulier pour l’emploi… On estime, en effet, à trois millions les salariés menacés par le syndrome d’épuisement professionnel. Comment faire la part, dans une dépression, de ce qui résulte de l’excès d’exigences professionnelles et des ennuis personnels ? A l’heure où le gouvernement essaie de persuader les PME d’embaucher, ajouter de nouveaux motifs de contentieux aux prudhommes aurait été manifestement contre-productif.

Si l’on veut faire enfin reculer le chômage, il faut vaincre la peur de l’embauche . Cela passe par des mesures actuellement en discussion comme l’instauration d’un barème en matière de dommages et intérêts à verser aux salariés licenciés.

Une bonne partie du stress éprouvé par les salariés, en France, provient précisément du chômage. Alors que les titulaires d’un CDI comptent théoriquement parmi les mieux protégés d’Europe, les salariés français sont aussi parmi les plus inquiets face au risque de perdre leur emploi . Le marché du travail n’échappe pas entièrement à la loi de la demande. Lorsque les emplois sont rares, les patrons peuvent se montrer exigeants. « L’armée de réserve du capital », dénoncée par Marx au XIX° siècle, reste d’actualité.

Si revient un jour le plein emploi, ce seront les employés qui deviendront rares et les patrons qui devront les ménager, s’ils veulent les conserver. Gageons que le burn-out, alors, deviendra rare. N’est-ce pas, en effet, le risque du chômage qui pousse les salariés au surengagement dans leur travail ?

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