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PISA, un électrochoc ?

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Le classement PISA qui mesure la régularité du lent déclin de notre système d’enseignement relativement à celui des autres pays testés, a d’abord fait l’objet d’un déni. Comme ces parents d’élèves qui accusent les enseignants de partialité quand on leur met sous le nez les piètres résultats de leur progéniture, nous avons commencé par mettre en cause l’examinateur. Puisque nous sommes, par définition, les meilleurs du monde et qu’en outre, le niveau monte, nos mauvaises notes ne sauraient démontrer qu’une chose : le peu de validité des tests… Ben voyons.

Il semble que la stratégie de communication de ce ministre, Vincent Peillon et de ce gouvernement, celui de Jean-Marc Ayrault, soit, cette fois, au contraire, de se servir de ce constat de déclin pour provoquer un sursaut. Bonne nouvelle. Car ce n’est pas en dissimulant le thermomètre qu’on fait baisser la fièvre .

Les tests PISA montrent une chose que nous savions déjà : non seulement, notre système éducatif ne corrige pas les inégalités de départ, mais il les aggrave . En paroles, nous sommes le pays le plus égalitariste de la planète. En pratique, notre société, terriblement hiérarchisée, a secrété une école à son image : une école qui excelle à sélectionner une élite et à la doter de compétences de pointe mais en sacrifiant plus ou moins ouvertement les autres et en abandonnant franchement à leur sort les 15 à 20 % de « décrocheurs », qui encombrent les classes, mais dont on ne sait pas quoi faire.

C’est une catastrophe, parce qu’un pays comme le nôtre aura de moins en moins les moyens de se passer de 15 à 20 % de sa force de travail, et que les emplois du futur exigeront de plus en plus de qualifications. En outre, notre enseignement, à partir d’un certain niveau, est excessivement conceptuel. Aussi, notre super-élite possède-t-elle des connaissances très pointues, mais peu de réelles compétences effectives. C’est peut-être l’une des causes du déclin français : car un polytechnicien ne fait pas nécessairement un bon président de compagnie d’assurance, ni un énarque sorti « dans les grands corps », un grand directeur de musée.

Les tests PISA montrent que l’éducation n’est pas une question de moyens, mais de méthodes. Selon l’étude réalisée par la Fondation Ifrap, notre pays dépense environ 30 milliards d’euros de plus, pour le second degré, que le Royaume-Uni, ou l’Allemagne , alors que nous avons approximativement le même nombre d’élèves. Mais ces moyens sont mal répartis : les financements sont concentrés sur le secondaire, au détriment du supérieur et surtout du primaire. Nous avons beaucoup plus de professeurs que les Allemands ou les Anglais, mais nous les rétribuons sensiblement plus mal. Or, dans des pays de forte immigration, comme les nôtres, la maîtrise du français est absolument prioritaire, ainsi que l’acquisition des compétences de base. C’est donc sur le primaire qu’il faut se focaliser.

Le rapport de Philippe Claus est, à cet égard, édifiant. Il montre que les instituteurs ne sont pas formés à l’enseignement de la lecture . Cet apprentissage est concentré sur le CP. Pour ceux qui ont loupé cette étape, il est souvent trop tard. En CE1, on est déjà passé à autre chose. Ce rapport nous apprend aussi que si les élèves sont mauvais en rédaction à la fin du primaire, c’est tout simplement parce qu’ils n’ont perdu l’habitude d’écrire plusieurs lignes d’affilée…

Une autre cause du déclin régulier de nos performances, soulignée par Antoine Prost, dans son ouvrage récent, Du changement dans l’école, c’est l’instabilité politique, redoublée par la fièvre réformatrice des ministres . Les enseignants se lassent de voir leurs programmes et leurs méthodes remis en cause à chaque alternance.

Les pistes pour enrayer le déclin semblent converger vers quelques idées simples : donner plus d’autonomie aux établissements, quitte à renforcer le pilotage en amont et l’évaluation en aval . Concentrer les moyens sur le primaire et renforçant la formation des professeurs des écoles. Passer d’une logique de sélection d’une élite sur la base de l’accumulation de connaissances à une logique d’employabilité pour tous, sur la base de l’apprentissage du travail en groupe et de l’acquisition de compétences effectives.

Mais le Rapport PISA va-t-il provoquer cette prise de conscience ou les choses vont-elles demeurer en l’état, dans la mesure où l’élite du pouvoir et de l’argent n’a pas spécialement intérêt à chambouler un système dont elle sait fort bien faire bénéficier ses propres enfants ?

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