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Plus c'est sérieux, moins on nous en parle

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Vous avez été ministre de la famille et nous allons parler, si vous le voulez bien, de la politique familiale du gouvernement. Mais auparavant, j’aimerais signaler l’existence de trois problèmes absolument cruciaux, de portée immense, sur lesquels l’opinion des dirigeants de ce pays est curieusement inaudible. A croire qu’ils n’en ont pas, ou bien qu’ils préfèrent nous amuser avec des faits divers – ces faits divers qui envahissent les journaux télévisés…

Primo, l’Europe est entrée en négociations avec les Etats-Unis pour la création d’une zone de libre-échange euro-atlantique , comparable à celle que Washington est en train de tisser entre l’Amérique et l’Asie, sous le label Partenariat transpacifique (TPP). En créant un marché commun avec l’Australie, la Nouvelle Zélande, la Malaisie, le Vietnam, le Pérou, et probablement le Canada, le Japon et le Mexique, les Etats-Unis tentent clairement d’encercler commercialement la Chine. Le Partenariat commercial UE-Etats-Unis serait d’un effet encore plus déterminant pour le commerce mondial, car les normes adoptées entre elles par les deux plus puissantes économies de la planète s’imposeraient inévitablement au reste du monde. Et des mesures de protection adoptées en commun, face à la concurrence chinoise, auraient un effet implacable. Or, tout ce qui amuse les commentateurs, c’est d’ergoter sur l’échange un peu vif entre Barroso et François Hollande à propos de notre exception culturelle, comme s’il fallait éviter de parler de l’essentiel : le sens politique de cette négociation. Car c’est une décision d’une portée immense qui engage l’avenir.

Deuxio, grâce à la BCE et surtout à la FED, l’économie mondiale vit sous cocaïne : elle connaît une euphorie irrationnelle, qui la rend bien trop sûre d’elle-même. En inondant la planète financière de liquidités, les banques centrales sont parvenues à créer l’illusion d’une reprise de la croissance en rachetant des milliards de dettes souveraines, elles ont obtenu une baisse artificielle des taux d’intérêt. Mais le moment du sevrage approche. Et seuls, les spécialistes de ces questions, sur les sites spécialisés, discutent des réactions du drogué, bientôt privé de sa dose quotidienne. Nos dirigeants politiques préfèrent commenter les lettres privées qu’échangeaient autrefois l’ancien président et sa ministre de l’économie et des finances… Fait divers. On nous amuse.

Tertio, les banques européenne , apprend-on soudain, détiennent, dans leurs coffres, environ 1 000 milliards d’euros d’actifs pourris . Tandis que les banques américaines ont fait le ménage dans leur bilan, nous avons laissé les nôtres comptabiliser dans la partie positive de leur bilan, des titres qui ne valent plus rien… Voilà pourquoi, nos banques ont en partie cessé de faire leur métier, qui est de financer l’économie par leurs prêts, malgré la surabondance des liquidités. Les collectivités territoriales ont été victimes de crédits à taux variables et plus d’une centaine d’entre elles ont déposé plainte. Qui va payer ? Les actionnaires ? Les déposants, comme à Chypre ? Les épargnants ? Les contribuables ? L’Europe va-t-elle connaître deux « décennies perdues », comme le Japon ? Voilà qui paraîtra, sans doute, plus intéressant, à la vice-présidente de la Banque publique d’investissement que de savoir si Moscovici a, ou non, une liste de personnalités politiques détenant un compte en Suisse….

Mais j’avais promis de vous interroger sur la politique familiale et j’y arrive enfin. Julien Damon, dans une tribune parue cette semaine dans Le Monde, fait le constat que notre politique familiale a, par petites touches, changé de nature, sans que cela soit publiquement discuté. Nous serions passés d’une politique visant à compenser en partie les coûts qu’entraînent, pour un foyer, l’entretien des enfants, à une autre politique, visant plutôt une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie familiale des parents. Du coup, l’essentiel des efforts nouveaux, sur le plan financier, a porté sur l’accueil du jeune enfant. Damon estime qu’il faut aller jusqu’au bout de cette logique, en créant un « service public de la petite enfance », comportant un « droit opposable à un mode de garde » pour les enfants de moins de trois ans. Qu’en pensez-vous ?

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