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Plus d'autonomie pédagogique pour les collèges

4 min
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Il y a au moins un jugement de valeur qui devrait pouvoir faire l’unanimité : notre appareil éducatif connaît des rendements décroissants. Les moyens qui lui sont consacrés sont considérables.

Notre Dépense intérieure d’éducation est estimée par le ministère à 145 milliards d’euros, soit 6,85 % du PIB . C’est un budget en croissance régulière, puisqu’il a suivi avec régularité l’augmentation du PIB. C’est un budget qui a été sanctuarisé : pendant la crise, entre 2009 et 2011, il a continué à progresser, tandis que le PIB stagnait. Enfin, la part de notre production de richesses destinée à l’éducation n’est pas inférieure à ce qu’elle est dans les pays comparables en Europe elle est même nettement supérieure. L’IFRAP, un think tank libéral a pu démontrer qu’avec un nombre d’élèves équivalent à ceux de l’Allemagne et de la Grande Bretagne (10 5000 000 élèves), nos dépenses étaient très supérieures aux leurs . En cause : une prolifération de personnels administratifs et de support (220 000 en France, contre 87 600 en Allemagne), des enseignants plus nombreux, mais plus mal payés.

Or, comme la ministre en a fait elle-même le constat, « chaque année 140 000 jeunes sortent du système scolaire sans qualification », « un élève sur quatre en troisième ne maîtrise par les fondamentaux du français ». « La situation n’a cessé de se dégrader ». C’est, en effet, un système dont les performances régressent, d’année en année, comme le démontrent les classements internationaux. Nous avons encore perdu trois places au dernier PISA, en reculant à la 25 ° place.

Enfin, c’est un système qui tend à aggraver les inégalités en capital culturel de départ, alors qu’il est censé les combler. Là encore, écoutons les observateurs étrangers : des 34 pays de l'OCDE, la France est le pays européen le plus affecté par le déterminisme social . Nous avons un art consommé de proclamer des principes que nous ne respectons pas. Cette hypocrisie, qui consiste à se revendiquer de la solidarité, tout en cherchant à tirer sa propre épingle du jeu, a été dénoncée par bien des observateurs étrangers.

Il faut être juste : tous les gouvernements qui se sont succédé depuis près de quatre décennies portent leur part de responsabilité dans ce délabrement. Pourtant, toute réforme proposée provoque un tollé immédiat il y a toujours une catégorie de personnels pour s’estimer lésée et les 8 syndicats qui co-gèrent le ministère sont très divisés entre eux.

La ministre Najat Vallaud-Belkacem n’a pas tort de prétendre que les options rares comme les sections bilangues ou l’allemand première langue ont été utilisées par « les familles qui ont les codes et les connaissances pour se mettre à part », qu’elles sont devenues des « options de contournement ». Mais si les familles « initiées » cherchent à soustraire leur progéniture de tel ou tel collège , n’est-ce pas le signe d’un malaise ? Si notre système fonctionnait au mieux partout, nul ne tenterait de lui échapper ?

On a beaucoup glosé – moi compris – sur la réforme, proposé par le Conseil supérieur des programmes et il est vrai qu’il comporte des provocations, vite relevées par de grands historiens, comme Pierre Nora et Patrick Gueniffey, qui ne sont pas des "pseudo-intellectuels". Mais je me demande si cette affaire n’est pas l’arbre qui cache la forêt. En réalité, la véritable innovation que comporte cette réforme, celle qui provoque l’ire de secteurs de l’opinion animés par des motifs très divers, c’est la mise à disposition des collèges d’un crédit d’heures correspondant à 20 % des horaires .

Elle obligera les enseignants à travailler ensemble, dans le cadre d’enseignements pratiques interdisciplinaires. N’est-ce pas une bonne idée, que de demander aux professeurs de français et d’histoire d’illustrer ensemble l’esprit d’une époque - les Lumières, pour prendre cet exemple... Mais je sais d’expérience combien les enseignants du secondaire sont partagés entre leur désir de sortir de l’isolement et celui de défendre la discipline qu’ils ont choisie.

Il s’agit aussi d’un pas en avant vers cette autonomie des établissements , qui fait si peur aux partisans de l’uniformité. Elle devrait permettre d’adapter les enseignements – notamment sous forme de ces "projets interdisciplinaires" – aux publics particuliers de chaque établissement. L’uniformité ayant échoué, pourquoi ne pas donner sa chance à la diversité ?

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