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PMA : quelles limites ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Le philosophe Christian Godin, dans un livre d’entretiens avec le biologiste et généticien Axel Kahn, dit : « l’un des sens forts de la science et de la technique, à travers leur histoire, c’estle projet de substituer aux hasards et aux déterminismes naturels, la volonté humaine . »

Or, au cours du siècle écoulé, ces sciences et ces techniques sont parvenues à faire reculer la part des déterminismes et à faire progresser celle de la volonté dans des proportions inimaginables antérieurement. Mais comme l’ajoute aussitôt Axel Kahn, « les pouvoirs nouveaux créent aussi des responsabilités nouvelles . »

La mère de toutes les révolutions a été la pilule : en obtenant de la médecine le pouvoir de donner la vie quand elles le veulent et non selon les vieilles lois de la nature et de la biologie – « un enfant si je veux » -, les femmes ont acquis une maîtrise proprement révolutionnaire.

La deuxième révolution a été l’invention de la fécondation in vitro – Louise Brown en 1978, suivie d’Amandine en 1982. Une conception produite sans contact physique, entre spermatozoïdes et ovules. Les techniques d’assistance médicale à la procréation s’ensuivent. L’injection d’un spermatozoïde dans un ovocyte est devenue un moyen courant de contourner la stérilité des couples : 20 000 enfants naissent en France, chaque année, par cette technique. La quasi-totalité d'entre leurs parents sont des couples stériles , qui élèveront eux-mêmes leurs enfants. Ces techniques, René Frydman les a perfectionnées, en France, au point de donner à des géniteurs porteurs d’une maladie héréditaire gravissime, la possibilité de mettre au monde des enfants qui n’en soient pas atteints, par sélection des embryons sains. Certes, l’ectogénèse, le développement de l’embryon, puis du fœtus hors du ventre de la mère n’est peut-être pas pour demain, mais pour après-demain, sans doute.

Mais cette maîtrise, hier inimaginable des femmes sur leur propre corps, ces possibilités nouvelles de manipuler la vie humaine elle-même comportent des enjeux éthiques et symboliques considérables.

Nous avons décidé d’en confier la réglementation à la loi, plutôt que de laisser les couples et les médecins décider, au cas par cas, en leur âme et conscience. Mais la morale n’est pas une science exacte la preuve : les législations divergent au sein même de notre Europe, censée pourtant partager les mêmes valeurs.

D’abord, me semble-t-il, se pose la question des risques de dérive eugéniste . Dès lors qu’il existe une possibilité technique de choisir parmi les embryons à implanter dans l’utérus d’une femme, n’est-on pas tenté de choisir « le meilleur » ? On sait combien il est déjà difficile, dans le cadre de la médecine procréative, d’interdire le choix de sexe de l’enfant à naître. La liberté de choix des parents se voit fixer des bornes, car il n’est pas un objet qui viendrait satisfaire un « désir d’enfant », comme on peut désirer une nouvelle voiture .

Il y a aussi le risque de le marchandisation , dans une société où la sphère du marché tend à s’étendre sans rencontrer de limites. En France, la « location de ventres », les « mère porteuses » d’un enfant pour autrui, sont interdits.

Quant au droit ouvert aux femmes homosexuelles de bénéficier de la PMA , qu’un amendement au Projet de Loi, ouvrant le droit au mariage aux couples homosexuels, comportait encore au début de cette semaine, il vient d’être retiré par le Groupe socialiste de l’Assemblée nationale. Il y avait, paraît-il, un risque de censure par le Conseil constitutionnel, dans la mesure où cet amendement pouvait lui apparaître comme un « cavalier législatif », sans rapport avec la visée exacte du Projet de Loi lui-même. La question du mariage entre personnes du même sexe et celle de "l'homoparentalité" doivent, en effet, être disjoincte .

Mais dans la mesure où cette possibilité existe dans plusieurs pays d’Europe, il n’est pas surprenant que la question soit posée.

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