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Politiques du XX° siècle pour société du XXI°

3 min
À retrouver dans l'émission

Chacun sent bien que notre système politique est en bout de parcours que seule, la force d’inertie lui permet de continuer sur sa lancée. Mais c’est un canard au cou coupé. Et votre dernier livre, Corinne Lepage, en analyse fort bien les manifestations comme les causes.

Il y a d’abord, l’impuissance des politiques, de droite comme de gauche , à réduire le chômage, à arrêter la boule de neige de la dette, à faire redémarrer la croissance et à rendre à notre économie son ancienne compétitivité. Dans un pays où l’Etat assume d’immenses pouvoirs, où il prétend s’occuper de tout, cet échec lui est attribué.

Ensuite, il y a l’inadéquation de l’offre politique, son incapacité à embrayer sur les attentes des citoyens. L’ancienne opposition centrale entre le parti de l’ordre et de l’autorité (la droite) et celui de la justice sociale (la gauche) ne correspond plus au champ politique. Celui-ci est désormais structuré par d’autres clivages : l’Europe et la nation, la laïcité républicaine et le communautarisme à fondement religieux, la mondialisation et le protectionnisme, le principe de précaution et le progrès technologique, le libéralisme et l’étatisme, etc. Tous ces clivages traversent aujourd’hui la droite aussi bien que la gauche.

Mais les institutions, qui ont été pensées pour faire s’opposer, au 2° tour, les deux camps traditionnels, bloquent toute évolution. Comme vous le montrez, l’UMP et le PS, qui dominent le système, le verrouillent en vérité. Les deux grands partis de gouvernement trustent la représentation ils sélectionnent les candidats éligibles en fonction de leur cuisine interne. Devenus des regroupements de forces hétéroclites, ils se révèlent, au pouvoir, incapables de gouverner.

Or, ce blocage favorise vote populiste , pour le Front national, en particulier, qui apparaît dès lors comme la seule alternative, alors même qu’il est bien installé dans le système médiatique. On peut aussi penser que les taux d’abstention , déjà élevés, vont refléter un croissant désintérêt pour ces jeux d’appareil et ces querelles de personnes.

Car la classe politique, en se professionnalisant, s’est coupée de la société civile. Le système de financement sur deniers publics donne lieu à des détournements scandaleux. Et les sociétés de communication compensent « le vide sidéral des projets » par des évènements à grand spectacle.

Du coup, les citoyens semblent ne plus rien attendre du politique, sinon, justement du spectacle. Tandis que la société civile, elle, voit sa créativité démultipliée par internet.

Je vous conseille le livre de Laure Belot, intitulé La déconnexion des élites. L’auteur, journaliste au Monde, y montre comment les systèmes de pouvoir, ainsi que l’économie traditionnelle, sont bousculés par les nouvelles pratiques d’auto-organisation et d’échanges favorisés par les start-ups de l’économie numérique. Partout, s’observe le même phénomène de désintermédiation : on peut échanger directement des services, des biens, des idées, en ignorant les institutions.

Comme le dit Cécile Van de Velde, interviewée par Laure Belot, « la défiance exprimée envers la politique ne doit pas être interprétée comme un désintérêt pour la chose publique. » Les jeunes, en particulier, connectés entre eux et se tenant à une distance prudente des centres de pouvoir traditionnels, « font des choses en ligne ». Les mouvements d’opinion, les mouvements sociaux n’ont certainement pas disparu. Mais ce ne sont ni les partis, ni les syndicats qui leur donnent voix ce sont les réseaux connectés. Les élites sont débordées. Dans le même ouvrage, Catherine Fieschi, une jeune Français qui dirige à Londres l’influent think tank Counterpoint, dit : « La classe politique, paralysée, devient rapidement inefficace. La société civile ne vient pas d’être inventée. Mais avec le numérique, sa voix est devenue plus forte. Et son message est plus disruptif, pour le meilleur ou pour le pire. »

Une société civile innovante et connectée constitue-t-elle la seule alternative à un système politique qui semble n’offrir de choix qu’entre la paralysie et le populisme ?

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