LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Pour le droit à la critique

3 min
À retrouver dans l'émission

C’est reparti. Comme en 2005, lorsqu’éclata l’affaire dite des « caricatures de Mahomet », publiées par le quotidien danois, Jyllands-Posten, 4 mois plus tôt comme en 1989, lorsque l’ayatollah Khomeiny lança un « contrat » sur la tête de Salman Rushdie , pour la publication des Versets sataniques, à nouveau voilà que l’on brûle des drapeaux et des ambassades, au nom du « respect » dû à l’islam…

Mais si, à l’époque, notre intelligentsia avait soutenu l’écrivain, l’avait protégé contre les assassins lancés à sa poursuite, aujourd’hui, le ton a changé. On appelle à la retenue, on dénonce la « provocation ». On blâme le film, et non les incendiaires.

Les Monty Pythons se sont moqués du Messie des chrétiens et de ses apôtres, avec le film hilarant « La vie de Brian ». Je ne me souviens pas qu’il ait provoqué l’attaque au lance-roquettes de l’ambassade britannique auprès du Saint-Siège…

C’est, nous dit-on, que les musulmans sont hyper-susceptibles. Veut-on suggérer ainsi une forme d’immaturité ? Ce serait une attitude raciste. Ce film, nous dit-on encore, fait preuve de dérision envers leurs croyances les plus fondamentales, bref il constitue une « atteinte au sacré » . Au nom de quoi notre république laïque criminaliserait-elle le blasphème ? Ce mauvais film a provoqué une onde de violence démesurée, dit-on encore. Il faut donc le faire disparaître. Mais l’argument est un des classiques des partisans de la censure : c’est toujours au nom des risques d’atteinte à l’ordre public, qu’ils interdisent ce qui leur déplaît. N’écrivez pas que cet homme est violent, car il pourrait vous le faire payer cher !

Faudrait-il donc pratiquer une liberté d’expression à géométrie variable , proportionnelle à la peur ressentie ? A ce compte, ce seraient les plus menaçants qui jouiraient de la plus grande tolérance.

Je n’aime pas la manière dont plusieurs organes de presse ont présenté les déchaînements de violence qui ont ensanglanté la Libye, l’Egypte, la Tunisie, le Bengladesh. « Le film anti-islam embrase la rue arabe », « Un film anti-islam déchaîne la violence »… Comme le résume Alain Finkielkraut , dans Causeur , ce mois-ci, « dans la logique de l’excuse, la cause devient le coupable. » Ce n’est pas une bande de fanatiques haineux et probablement racistes qui a tué Chris Stevens , cet ambassadeur qui venait d’aider les habitants de Benghazi à regagner leur indépendance, non, c’est ce Copte égyptien, réfugié aux Etats-Unis, avec sa bande-annonce. La conclusion de faits présentés de cette manière s’impose : il faut bannir ce film, mettre son réalisateur en prison, exiger de lui des excuses publiques. Et s’il est égorgé un jour, comme Téo Van Gogh et quelques autres, il le devra à ses « provocations ».

Mais comment peut-on s’aveugler au point de ne pas voir que ce meurtre, commis le 11 septembre, n’a pris ce film que pour prétexte, et qu’il s’agissait de célébrer l’attentat contre les TwinTowers ?

Les islamistes n’ont guère contribué au succès des révolutions arabes, parce qu’ils n’en partageaient pas l’objectif démocratique – pour eux les « lois de Dieu » et la soumission à son égard, l’emporteront toujours sur la souveraineté populaire et sur les droits de l’homme. Aujourd’hui, ils tentent de détourner à leur profit ces révolutions et hélas ! ils y parviennent presque partout par la voie des urnes. L’affaire du « film impie » a été montée de toutes pièces par ces bigots fanatiques, qui ne veulent pas de la main, tendue aux musulmans par Barack Obama , dans son discours du Caire.

Et les victimes de l’affaire, ce sont nos amis, les démocrates qui, en Tunisie, en Egypte, et ailleurs, voient ces commandons attaquer en toute impunité, les sièges sacrés des représentations démocratiques, afin de les couper de leurs alliés naturels en Occident . Aujourd’hui, dans le monde arabo-musulman, la lutte pour le pouvoir entre démocrates modernisateurs et obscurantistes misogynes est entrée dans une phase violente. La seule question qui vaille porte sur la meilleure façon d’aider les premiers.

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......