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Pour une démocratie sociale, la recomposition syndicale

3 min
À retrouver dans l'émission

On ne peut pas continuer comme ça. On ne peut pas parler sérieusement de « démocratie sociale » dans un pays où 8 confédérations syndicales se partagent moins de 8 % des salariés (Seuls 7,6 % des salariés français étaient syndiqués selon la DARES en 2005 et ce sont les derniers chiffres connu depuis ils ne sont plus publiés, afin de masquer la poursuite de l’érosion du taux de syndicalisation)…

Et qu’on ne vienne pas nous dire que c’est une évolution fatale et que la désyndicalisation est un phénomène universel, lié à la tertiarisation ou à l’individualisation des parcours professionnels. La France connaît le taux d’adhésion aux syndicats le plus faible d’Europe. Les syndicats y jouissent d’une très mauvaise image dans le public (61 % des sondés du baromètre CEVIPOF ne leur font pas confiance : les entreprises jouissent d’une meilleure cote, avec 54 %).

Ce n’est pas étonnant dans la mesure où notre système syndical – comme l’ont démontré les rapports de Raphaël Hadas-Lebel en 2006 et de Nicolas Perruchot en décembre 2011, peut fort bien se passer de syndiqués. Il est financé, de manière assez obscure, sur fonds publics… Rappelons que, selon le Rapport Perruchot, les syndicats de salariés se partagent un pactole de 3,8 milliards d’euros et que les cotisations de leurs adhérents ne représentent que 3 à 4 % de leurs budgets…

Le président sortant avait cru pouvoir faire de l’hostilité des syndicats à son égard un argument de campagne. Il aurait mieux fait de s’interroger sur son propre échec à « rationaliser » le paysage syndical. Car c’est bien là que se trouve « la mère des réformes ».

Notre modèle social est à bout de souffle, il n’est pas financé, il est inéquitable et il est inadapté. Mais, comme le démontrent les expériences réussies chez nos voisins, Suédois en particulier, on ne le réformera pas contre les syndicats , mais avec eux. Ils ont une expertise indispensable. Mais avec des syndicats moins nombreux, réellement représentatifs et donc moins portés à la surenchère. Si les réformes annoncées par Nicolas Sarkozy ont, pour l’essentiel, échoué, (« les réformes ratées du président Sarkozy » de Cahuc et Zylberberg, Flammarion, 2009) c’est faute d’avoir su y associer les plus importantes confédérations du pays. Il y avait pourtant une fenêtre d’opportunité, puisque les dirigeants de la CGT et de la CFDT, donnés sur le départ, étaient sans doute plus ouverts à la négociation qu’aucun de leurs prédécesseurs.

Jean-Marc Ayrault saura-t-il mieux s’y prendre ? Une « réunion de méthode » est annoncée pour le mois prochain, afin de « caler » le processus de négociation qui culminera lors de la grande conférence économique et sociale qui devrait avoir lieu dans la première quinzaine de juillet. D’ores et déjà, on apprend que les syndicats n’ont pas les mêmes priorités : la CFDT veut parler de l’emploi, de l’emploi des jeunes en particulier ça tombe bien, c’est aussi l’une des priorités du président de la République. Mais la CGT a les yeux rivés sur les plans sociaux et voudrait aussi qu’on aborde la question des salaires. FO, de son côté, veut mettre sur la table les services publics. Quant au MEDEF, il entend qu’on reparle des accords compétitivité-emploi et des répercussions sur l’équilibre des retraites complémentaires du retour à la retraite à 60 ans pour les salariés ayant commencé tôt…

Cela ne commence pas bien. Car si les syndicats sont incapable de présenter ce que vous appelez, Guy Groux, « une unité d’action, fondée sur des propositions communes », ce sera le retour à la case départ : une fois encore, le gouvernement tranchera in fine – fortement contraint par l’état des finances… Ne faudrait-il pas commencer par reparler de la « rationalisation » et de recomposition du paysage syndical et donc de la réduction du nombre des centrales, de la redéfinition du rôle des syndicats ?

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