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Pouvoir d'achat en berne

4 min
À retrouver dans l'émission

Rien de plus indiqué, d’après les conseillers en communication politique, que de promettre une augmentation du pouvoir d’achat, en période électorale . A part quelques décroissants, qui ne souhaiterait disposer d’un meilleur revenu ? Qui n’a pas besoin d’une nouvelle voiture ? Lequel d’entre nous ne rêve pas d’un séjour dans une de ces destinations paradisiaques qui semblent réservées aux autres ?

Mais voilà, nous ne sommes pas en URSS. Ce n’est pas le pouvoir politique qui décide du montant des salaires , ni de la part du revenu national affecté respectivement à l’investissement ou à la consommation le niveau de vie ne relève pas d’un décret du comité central, dans le cadre d’un plan quinquennal. Ce qui dépend de la décision politique, par contre, c’est le niveau des dépenses publiques et donc l’augmentation des prélèvements – taxes, charges, impôts, amendes. Or les chocs fiscaux se succèdent : les recettes fiscales nettes, qui s’élevaient à 255 milliards en 2011, ont grimpé à 270 en 2012, et atteindront les 300 milliards en 2013, ce qui est vertigineux. Impôts sur le revenu, hausse de la TVA… tout cela contribue à amputer le revenu des ménages. Et le niveau d’investissement des entreprises.

Car il revient aussi au pouvoir exécutif de favoriser la production. Non pas, bien sûr, en se substituant aux entreprises, créatrices de richesses et pourvoyeuses d’emplois mais en favorisant leur implantation et leur maintien sur notre territoire national par de bonnes infrastructures, des services publics de qualité, un bon niveau des qualifications, une politique fiscale sans surprises et d’un niveau comparable à celui des voisins.

Or depuis presque quarante ans, nous avons baigné dans une sorte de keynésianisme vulgaire, aux termes duquel la croissance dépendrait exclusivement de « la relance de la consommation ». Le « soutien de la demande par le déficit budgétaire » a été la politique officielle de la droite comme de la gauche depuis exactement 39 ans - mis à part le bref intermède Raymond Barre, entre l’été 76 et le printemps 81. Avec les résultats que nous avons sous les yeux : une dette publique, à 1 870 milliards, qui semble désormais hors de contrôle et… un pouvoir d’achat, qui progressait encore à la veille de la crise (2% en moyenne de 2000 à 2007), mais qui a calé à partir de 2008, avant de reculer franchement en 2012.

L’an dernier, la baisse du pouvoir d’achat, initialement estimée à 0,4% par l’INSEE, a été réévaluée à 0,9 %. Du coup, la consommation, moteur de notre croissance, est en berne. En réalité, ce calcul étant effectué à population constante, il faudrait le resituer dans le contexte d’un accroissement du nombre des « unités de consommation », ce qui aboutit à une nouvelle estimation de la part de l’INSEE : une perte de 1,5 % . Le magazine Challenge, qui a repris ces calculs en lui intégrant la part des dépenses contraintes, estime même la perte de pouvoir d’achat à 3,1 % par personne. C’est énorme.

Mais ne chipotons pas. Nous vivons un tournant historique : c’est la seconde fois, depuis 1984, que le pouvoir d’achat global des ménages français baisse. Tout laisse penser qu’une nouvelle amputation sera constatée en 2013.

La seule façon d’enrayer la baisse des revenus et de la consommation serait de favoriser l’offre de logements , afin d’en faire baisser les prix. Mais la construction reste, en France, très inférieure à la demande et les prix de l’immobilier ne vont pas baisser par décret, contrairement aux illusions de la ministre du logement.

Les illusions selon lesquelles ont été entretenues nos compatriotes alimentent un fort ressentiment contre l’exécutif . Qui aura le courage de leur expliquer que, si leur pouvoir d’achat régresse, ce n’est pas parce que François Hollande est méchant, que Jean-Marc Ayrault est un masochiste, déterminé à perdre coûte que coûte les élections. Il ne suffit pas de « faire pression sur le gouvernement », « insuffisamment à l’écoute des préoccupations légitimes des Françaises et des Français », pour voir le chiffre augmenter sur la feuille de paye. La meilleure façon de relancer la consommation, c’est de favoriser l’augmentation de la production. C’est peut-être ce que François Hollande appelle « le socialisme de l’offre ». Les jours pairs…

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