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Précautionnistes versus proactifs

3 min
À retrouver dans l'émission

Un universitaire américain a récemment émis l’idée selon laquelle les notions de gauche et de droite, après plus de deux siècles de bons et loyaux services, étaient devenues obsolètes. Elles ne renvoient plus qu’à des équipes en compétition pour le pouvoir et servent à agréger des électeurs autour de marques, à la manière des clubs de football recrutant leurs supporters. Steve Fuller , tel est son nom, n’est ni le premier, ni le dernier à tenir ce langage. Mais lui, a une alternative à proposer. Réfléchissant sur l’usage des sciences en tant queprofesseur d’épistémologie sociale , Steve Fuller croit pouvoir avancer que le clivage idéologique central de notre époque oppose deux attitudes face au risque .

D’un côté, les tenants du principe de précaution, de l’autre, ceux qu’il appelle les « proactifs ». Les précautionnistes envisagent d’abord les conséquences dangereuses de toute action et s’emploient à en protéger la société. En cas de doute sur la conséquence, ils recommandent d’envisager toujours le pire scénario .

Les proactivistes , au contraire, « entendent tirer le meilleur parti des possibilités offertes » ils valorisent l’innovation . Non seulement, ils n’écartent pas l’hypothèse selon laquelle certaines conséquences non prévues puisse se produire, mais ils escomptent qu’elles puissent se révéler bénéfiques.

Ce n’est pas tant une question de tempérament, qu’une affaire d’anthropologie : les premiers jugent que l’homme s’est trop souvent comporté en apprenti-sorcier plus la science et les techniques mettent des moyens nouveaux à sa disposition, plus augmentent les chances qu’il en fasse un usage dangereux – jusqu’à mettre en question sa propre survie.

Les seconds estiment que l’humain se définit par sa capacité d’anticipation, et qu’il a toujours calculé les risques pris. « S’il réussit, il en tire profit, s’il échoue, il en tire les leçons . »

Le précautionniste se représente la nature comme spontanément équilibrée et bienveillante . Il tend à préserver cet équilibre et désire que l’homme, de son côté, se mette à l’écoute de cette nature et s’y inscrive en s’y conformant.

Le proactiviste se représente la nature comme une machinerie dont l’homme est capable de comprendre les lois , afin de la mettre au service de son propre bien-être. II pense qu’il est possible et souhaitable d’agir sur elle et que les sociétés humaines ont toujours transformé le milieu dans lequel elles vivaient. Il prétend pouvoir calculer les coûts et les bénéfices possibles de toute innovation. Le précautionniste lui rétorque que les calculs n’ont rien à faire en l’espèce et brandit régulièrement la menace d’une catastrophe.

Remplacer la gauche et la droite par précautionnistes et proactivistes permettrait, selon Steve Fuller, de « renverser l’axe idéologique » actuel, en dissociant, au sein de la gauche, les partisans d’une technocratie – généralement favorable à l’innovation – et ceux du communautarisme –spontanément tournés vers la préservation et donc de la précaution et, au sein de la droite, les libertaires – innovateurs – et les traditionnalistes – précautionnistes.

Pour compléter sa théorie, notre professeur propose de remplacer la spatialisation droite/gauche par « bas et haut ». « Les uns seront enracinés dans la terre, les autres auront les yeux fixés sur les nuées. »

Imposer l’écologie politique comme dépassant le clivage droite/gauche, voilà qui rencontre l’idée que vous vous faites, Nicolas Hulot, de votre propre rôle dans le débat public ?

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