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Présidentielles : épargnez-nous un remake de 2012 !

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Nous traversons une drôle de séquence, comme on dit dans les médias. Le Congrès des Républicains a eu lieu ce week-end, à la Porte de la Villette, à Paris, celui des Socialistes aura lieu le week-end prochain à Poitiers. Voilà nos deux principaux partis de gouvernement rassemblés dans une étrange ambiance.

Etrange, parce que la défiance des électeurs envers les partis politiques persiste elle menace sourdement la capacité de décision des dirigeants. Parce que nos institutions, qui ont été pensées pour favoriser sinon le bipartisme, du moins la bipolarisation, n’ont pu empêcher l’émergence d’un tiers part i.

Ces Congrès n’étaient guère attendus d’une opinion publique assez lasse des joutes politiques, dont elle ne voit pas en quoi elles peuvent améliorer ses conditions de vie et ses perspectives du moins pouvait-on en espérer un certain nombre de clarifications et peut-être un renouvellement des équipes dirigeantes, usées jusqu’à la corde.

Qu’en est-il ?

La droite a changé de nom. Une fois de plus. 83 % des congressistes de l’UMP ont accepté de se rebaptiser Les Républicains. Ses dirigeants ne cachent pas qu’il s’agit de faire oublier, d’une part les scandales liés au financement de l’UMP , à travers, notamment la société de conseil en communication Bygmalion et d’autre part, l’affrontement, désastreux en termes d’image, entre François Copé et François Fillon, pour la présidence en novembre 2012.

Nicolas Sarkozy a longuement développé la thématique républicaine. Cette référence est censée permettre au nouveau parti d’attaquer à la fois le Front national (qui est implicitement désigné comme non-républicain) et la gauche, accusée de favoriser le communautarisme. Mais on l’a bien vu, hier soir au 20 Heures de France 2, si le discours est passionné sur le besoin d’unité nationale au-delà du clivage droite/gauche, s’il agite le « combat contre le fanatisme et l’intégrisme, contre l’obscurantisme et la déraison », il reste étonnamment limité lorsqu’il s’agit des moyens de faire reculer le chômage et de rétablir la compétitivité des entreprises . Pour la clarification, on devra donc attendre un peu. On en sera réduit à tenter d’interpréter le sens des nominations et des promotions à la direction des Républicains.

Le Congrès du Parti socialiste n’a pas encore eu lieu, mais cela n’a pas d’importance, puisqu’il ne servira à rien. Les jeux sont faits avant l’ouverture de la séance de Poitiers. En théorie, on sait exactement de quel poids pèsent les frondeurs au sein du PS : 29 % . C’est le score de leur motion, comme celui de leur candidat au poste de 1° secrétaire, Christian Paul. La direction semble confirmée, avec un score de 60 % pour la motion A et de 70 % pour Jean-Christophe Cambadélis. Mais pour la clarification, on repassera. Autrefois, les synthèses entre courants se faisaient à l’issue des congrès. Cette fois-ci, elle a eu lieu avant son ouverture. On se demandera longtemps par quel miracle des personnalités aussi opposées sur l’essentiel que le maire de Lyon, Gérard Collomb et la maire de Lille, Martine Aubry, ont pu cosigner le même texte programmatique.

L’opinion comprend fort bien que, dans les deux cas, il s’agissait d’une manœuvre destinée à bloquer le processus des primaires et à favoriser la désignation comme candidat à l’élection présidentielle du favori de l’appareil.

L’absurde synthèse des sociaux-libéraux et des sociaux-démocrates, au PS, porte la marque du président de la République. Elle est évidemment destinée à marginaliser ceux qui risqueraient d’exiger une primaire à gauche, en faisant de François Hollande le candidat naturel. A droite, tout se jouera sur le gradient d’ouverture de la primaire. Comme l’a dit Alain Juppé, « si le match, c’est les primaires des seuls Républicains, entre Le Maire et Sarkozy, ça ne marchera pas. » Juppé ne peut l’emporter que lors d’une primaire de la droite et du centre ».

Le problème, c’est que les deux candidats naturels selon les appareils ne sont pas ceux de l’opinion publique : 77 % des sondés ne souhaitent pas que l’actuel chef de l’Etat se représente en 2017 et 72 % ne veulent pas non plus d’une candidature de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2017. Certes, l’humeur des électeurs peut changer d’ici 2017. Mais en l’état actuel des choses, leur imposer la réédition à l’identique du plateau de 2012 pourrait être reçu comme une provocation. Et gonfler les voiles du Front national.

Ce serait, en tous cas, la pire des réponses possibles à apporter au désir de renouvellement des élites politiques. Dans plusieurs pays d’Europe, sont apparus de nouvelles formations. Ainsi, aux municipales et régionales en Espagne, Podemos à gauche et Ciudadanos, à droite, ont fait une percée remarquée, le premier, en atteignant 20 % des suffrages, le second avec 10 %. Ils talonnent les deux formations historiques, Parti Populaire et PSOE, qui ont obtenu 26 % chacun. Peut-on imaginer qu’en France aussi, le renouvellement doive passer par la création de formations nouvelles ?

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