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Printemps érable

4 min
À retrouver dans l'émission

Le Québec est une exception en Amérique du Nord. Et pas seulement parce qu’on y parle encore cette langue exotique, le français. Le Québec prétend incarner, au cœur de l’Amérique libérale, une alternative social-démocrate. L’accueil du jeune enfant, par exemple, mobilise des budgets conséquents, qui ont permis à 70 000 jeunes mamans de rentrer sur le marché du travail ce qui, selon l’économiste Pierre Fortin, aurait permis d’accroître le PIB de 1,7 %. Or, sans vouloir le remettre en cause radicalement, le premier ministre Jean Charest, élu en 2003, a toujours paru considérer ce modèle québécois comme devant être réformé. N’est-ce pas pour ce faire qu’il a été élu en 2003, puis réélu en 2007 et en 2008 ? Même si sa cote de popularité est basse, son parti libéral reste légèrement en tête dans les intentions de vote, à 30 %, devant le parti Québécois (souverainiste) de Pauline Marois (28%), qui soutient les manifestants, la Coalition avenir Québec de François Legault (25%) et la gauche de Québec solidaire (8%).

La décision d’accorder aux étudiants du Québec des droits d’inscription sensiblement moins élevés que ceux qui sont d’usage dans toute l’Amérique du Nord a été prise à la suite de la Révolution tranquille des années 60. Elle avait pour but de favoriser l’accès aux études des Francophones. Remettre en cause cette orientation, même progressivement – sur 5 ou 7 ans – ne pouvait être ressenti que comme une atteinte à l’identité même de la province. N’est-ce pas pour avoir voulu doubler leur montant que, déjà, en 1990, les libéraux avaient perdu les élections, au profit du Parti Québécois ?

Mais le Québec, la province la plus endettée du Canada, avec un total de 250 milliards de dollars canadiens, cherche des économies à réaliser. Et le budget des universités absorbe à lui seul 4,6 % de ses dépenses.

Le problème, c’est que, autour de cette affaire de hausse des droits d’inscription, se cristallisent toute sorte d’autres mécontentement s – concernant la privatisation des services publics, les augmentations des frais de santé, les tentations de se lancer dans l’exploitation des gaz de schiste dans le Nord, ainsi que le désir de revanche du Parti Québécois, exaspéré par la montée en puissance des anglophones au Québec, sous prétexte d’un multiculturalisme, encouragé par Ottawa.

Lorsqu’on parle du Québec, il faut se départir de tout ce qu’on croit savoir. La similarité linguistique confère à l’observateur un sentiment de familiarité qui se révèle trompeur. Le Québec n’est pas un Etat européen, mais une province d’un Etat d’Amérique du Nord. Les commentateurs hexagonaux qui scrutent avidement tous les signes d’un soulèvement général contre le libéralisme, la mondialisation, le capitalisme croient voir à Montréal un mouvement d’indignés, susceptible de succéder à celui qui s’est progressivement éteint à Madrid. Ils en seront pour leurs frais.

La culture politique locale n’a pas beaucoup de points communs avec la nôtre. Le sociologue Stéphane Kelly estime que trois cultures politiques distinctes se partagent l’électorat québécois : « Il y a la tradition libérale de Montréal anglophone, « connecté à l’empire américain et qui regarde les spécificités québécoises comme autant d’anomalies il y a hors Montréal, un Québec conservateur, imprégné de valeurs catholiques et nationalistes ; et dans le Grand Montréal francophone, un troisième Québec, républicain. Celui dont le cœur bat au rythme des concerts de casseroles. Mais il n’est pas majoritaire.

Le vrai problème du Québec, selon Stéphane Kelly, c’est que « l’ascenseur social y est en panne » et que le « niveau de vie y stagne ou y régresse ». Et cela, hélas, nous rapproche du cas de la France…

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