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Priver de liberté n'est pas torturer...

3 min
À retrouver dans l'émission

Il y a deux scandales pénitentiaires français. Le premier est assez bien connu : c’est la surpopulation carcérale. Le second l’est moins, même s’il est la conséquence du premier : c’est l’inapplication des peines d’emprisonnement prononcées par les tribunaux.

Surpopulation carcérale ? Au cœur de l’été, il y avait, en France, 68 569 personnes incarcérées pour 57 235 places. Soit une densité carcérale de près de 120 %. Cette sur-occupation de locaux, parfois vétustes et dégradés, a été maintes fois dénoncée par les commissions d’enquête diligentées par les deux assemblées du Parlement elle a été condamnée à plusieurs reprises par le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe. Elle rend souvent le respect de la discipline illusoire, alors que l’apprentissage d’un minimum de règles de la vie en société devrait être l’une des missions de base de la prison.

Cette surpopulation provoque, l’été en particulier, lorsque de nombreux surveillants sont en vacances, des flambées de violence. Un certain nombre de nos prisons sont tenues par des caïds, des chefs de bandes , qui terrorisent et rackettent leurs codétenus, menacent les surveillants et bénéficient d’une impunité de fait. Or, une peine de prison consiste en une privation de liberté ne saurait s’y ajouter le fait de subir des violences.

Paradoxalement, cette surpopulation est surtout le fait des maisons d’arrêt, c’est-à-dire des établissements pénitentiaires destinés à des prévenus en détention provisoire, en attente de leur jugement, ainsi qu’à des condamnés en transit vers un établissement pour peine, ou accomplissant des peines courtes. La vie quotidienne est beaucoup moins pénible dans les maisons centrales, destinées aux délinquants ayant commis des crimes et condamnés, de ce fait, à de lourdes peines. Comme le dit le sociologue Farhad Khosrokhovar, sur le site Atlantico, « ceux qui finissent par avoir un traitement de faveur sont les criminels les plus endurcis : la plupart des maisons centrales ressemblent à un hôtel deux étoiles, les détenus en longue peine ont une vie relativement agréable comparés aux détenus qui subissent de courtes peines dans les maisons d’arrêt. »

Certains tirent de cet état de fait la conclusion qu’il faut renoncer purement et simplement à l’emprisonnement. Puisque les prisons sont trop pleines, vidons-les… Evitons d'en construire de nouvelles, pour forcer la justice à libérer avant la fin de leur peine le plus grand nombre possible.../ C’est évidemment un non-sens. Si les prisons françaises sont surpeuplées, ce n’est pas que la justice y soit plus sévère qu’ailleurs en Europe : le taux d’incarcération, en France, est légèrement plus faible que la moyenne européenne , alors que le niveau de délinquance y est élevé et en constante progression.

Et c’est un message dangereux envoyé aux délinquants. La chance d’être interpellé par la police est faible : il y a en France actuellement 1 000 cambriolages par jour et le taux d’élucidation n’est que de 13 %, pour prendre cet exemple. Et tous les cambrioleurs pris ne se retrouvent pas devant les tribunaux, loin de là. Mais si, en outre, ceux qui finissent néanmoins par être condamnés à une peine de prison ne la purgent pas nécessairement, le message est le suivant : les chances d’être effectivement punies sont si faibles que le cambriolage est rentable . Or, le délinquant est un acteur rationnel : il évalue, comme chacun de nous, le rapport risques/rentabilité avant d'entreprendre une action. Et c’est le deuxième scandale de notre système : en janvier 2012, il était révélé que 87 000 peines de prison, prononcées par des tribunaux au cours des années précédentes, n’avaient pas été exécutées, faute de place !

La solution est-elle de construire davantage de prisons, afin de punir dans des conditions décentes par une privation de liberté, ou de privilégier les « peines de probation » aux courtes peines de prison, comme l’envisage la Garde des Sceaux ?

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