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Professions libérales, commodes boucs-émissaires

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Où est la grande réforme indispensable , celle qui a déjà sauvé, avant nous, des pays comme la Suède, l’Australie ou le Canada, pourtant tombé encore plus bas en leur temps paraît-il ? Où est la réforme de l’Etat, qui nous débarrasserait enfin du coûteux mille-feuilles ? Celle qui ferait passer le Code du travail de 3 000 pages à 300 ? La réforme des retraites qui mettrait fin au système inutilement complexe des 36 régimes différents et garantirait les mêmes droits à tous, en fonction du nombre d’années de cotisation…

Inutile de détailler. Tout figure, presque dans les mêmes termes, dans le rapport Pébereau Rompre avec la facilité de la dette publique de 2005, le Rapport Attali pour la libération de la croissance en 2008, le Rapport Gallois sur la compétitivité de 2012... Chirac avait reculé devant l’ordonnance du docteur Pébereau, Sarkozy devant celle du docteur Attali, Hollande devant celle du docteur Gallois. Et voilà pourquoi la maladie de la France, de bénigne, est devenue chronique.

Jacques Attali prétend que tous les gouvernants qu’il a rencontrés lui ont tenu à peu près le même langage : nous savons parfaitement que vous avez raison oui, c’est ce qu’il faudrait faire, mais vos réformes, voyez-vous, ne porteraient leurs fruits qu’après les prochaines élections : ce sont mes adversaires qui en bénéficieraient … Voyez Schröder. En outre, elles impacteraient des intérêts particuliers puissants. Je préfère donc attendre.

Mais l’histoire, elle, n’attend pas. Le monde court de plus en plus vite et nous restons sur place, avec notre croissance inexistante, nos 5 millions d’inscrits à Pôle Emploi, nos 8 millions et demi de pauvres, notre pouvoir d’achat qui tend – et c’est historique – à baisser ! Notre dette publique vient d’atteindre les 2 000 milliards d’euros. Elle aura doublé en dix ans… C'est ça, le "modèle français" qu'il faudrait protéger de toute modification !

Plutôt que de remettre tout sur la table et de refonder le pacte social, de redessiner l’architecture et de reconstruire, nos gouvernants préfèrent les coups de rabots, les mesurettes et réformettes qui permettent de gagner du temps avant l’effondrement programmé de la maison. Et ils s’attaquent de préférence aux avantages des secteurs d’activité qui descendent pas dans la rue, comme les familles, ou qui ne votent pas pour eux…

Ainsi Arnaud Montebourg, qui cherchait un succès de popularité afin de faire oublier ses échecs (Alstom, Florange, SFR), avait-il déniché un rapport de l’Inspection générale des finances commandé par son prédécesseur. Sur la base de ce rapport, l’ancien ministre de l’Economie se faisait fort de « restituer 6 milliards d’euros de pouvoir d’achat aux Français ». Restituer ? On les leur avait donc dérobés ? De quoi s’agit-il ? De mettre fin aux rentes de situation, dont disposeraient un certain nombre de professions réglementées, voire fermées, qui échappent ainsi à la concurrence et peuvent maintenir, pour leurs services, des prix excessifs. 37 professions étaient dans le collimateur.

Vieille histoire ! Le plan Rueff-Pinay, commandé par le général de Gaulle, lors de son retour au pouvoir en 1958, comportait déjà certaines préconisations destinées à ouvrir de force les professions fermées, qui, « protégeaient indument des intérêts corporatifs au détriment de l’intérêt général ».

Que le nombre de taxis, à Paris, n’ait pratiquement pas augmenté depuis l’avant-guerre et que le ticket d’entrée dans la profession se négocie au prix d’un appartement, tout le monde sait ça. Que le nombre d’ophtalmologistes soit tellement insuffisant qu’on m’ait proposé un rendez-vous dans six mois pour me prescrire des lunettes adaptées à ma vue, on le sait aussi. Quantité d’actes médicaux devraient pouvoir être exercés par des infirmiers. Mais de là à tirer sur « les professions libérales » en gros, comme si les architectes étaient responsables du prix des maisons et les pharmaciens de celui des médicaments ! C’est se défausser de ses responsabilités sur des boucs-émissaires .

On sait mon goût immodéré des rapports. J’en conseille un, celui publié en décembre de l’an dernier par le CREDOC sur les activités libérales. On y lit que plus de la moitié des entreprises libérales concernent le secteur de la santé. Que les ¾ des entreprises du secteur sont individuelles, qu’elles emploient pourtant 6,1 % des salariés de notre pays. Que les professions libérales, parce qu’elles sont « à la croisée entre services aux entreprises et services aux particuliers » sont « le cœur du secteur tertiaire ». Et qu’elles jouent un rôle décisif dans l’attractivité des territoires. Alors pourquoi les pharmaciens, les notaires, les médecins, les huissiers et les experts-comptables sont-ils en grève aujourd’hui ?

Je vous soumets une hypothèse, celle qu’on n’entend guère : leur grogne rejoint le grand fleuve grondant des Français qui travaillent dur et estiment payer trop d’impôts. Le ras-le-bol fiscal dénoncé ès qualité par Michel Sapin, notre ministre de l’économie et des finances les aurait-il touchés après les pigeons ?

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