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Public/privé : pas de frontière étanche

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Durant les Trente Glorieuses, qu’on considère généralement comme une sorte d’âge d’or de l’Etat-providence, les dépenses publiques n’absorbaient qu’un tiers du PIB – 34,6 % en 1960. Ce taux a commencé à s’envoler lors du premier choc pétrolier, sous Giscard – 43,4 % en 1975. De bons esprits s’en sont émus, qui ont parlé de socialisation de l’économie. Mais 4 ans après l’arrivée de la gauche au pouvoir, en 1985, les dépenses publiques absorbaient pour la première fois plus de la moitié de la production nationale – 51, 9 % en 1985 .

Ce taux s’est ensuite stabilisé. Il était de 51,4 % en l’an 2000, avec Lionel Jospin à Matignon. Il a ensuite recommencé à grimper, sous l’effet de la crise des subprimes : 52, 7 % en 2008, avec Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Cette année 2013, la Commission européenne estime que nous atteindrons 57,2 % - le taux le plus élevé de la zone euro .

François Hollande lui-même s’est interrogé sur la soutenabilité d’une telle répartition de la richesse produite et s’est demandé si l’on était mieux administré à 56 % qu'à 50 ? La réponse est évidente. L’Allemagne, avec un pourcentage de dépenses publiques inférieur de 12 points de PIB au nôtre (45 % contre 57 %) n’est pas plus mal administrée que la France. Et ses entreprises disposent ainsi de ressources qui leur permettent d’investir et de monter en gamme. Selon une étude réalisée par la Commission européenne en février 2008, au-delà de 50 % de PIB, la dépense publique connaît des taux de performance décroissants .

Contrairement à ce qu’on entend souvent, il n’y a pas eu de retrait de l’Etat dans les années 80, sous l’influence de l’idéologie libérale, incarnée par Reagan et Thatcher. Pas en France, en tous cas. Et aux Etats-Unis même, le mouvement de dérégulation avait commencé sous une administration démocrate, celle de Jimmy Carter c’est sous sa présidence qu’a été libéralisé le secteur financier (1976), puis le transport aérien (1978). Ronald Reagan n’a fait que suivre le mouvement.

En France, c’est sous un gouvernement de gauche, celui de Lionel Jospin, entre 1997 et 2002, qu’ont eu lieu les plus importantes ouvertures de capital d’entreprises publiques aux investisseurs privés : Aérospatiale, Air France, ASF, Crédit Lyonnais, France Télécom, etc.) ce matin, la presse annonce une nouvelle vague de privatisations , destinés à financer un plan d’investissement de 10 ans. L’Etat songe à vendre des participations d’EDF, de GDF Suez et de France Télécom. Il n’est pas exact que la gauche soit systématiquement étatiste et la droite favorable au privé.

Depuis, dans tous les pays anciennement industrialisés, les grandes industries de réseau, comme les appelle l’économiste Yves Crozet (énergie, télécommunications, services postaux, transports), ont été à leur tour déréglementées, afin de faire bénéficier le consommateur de baisses des tarifs. Mais ajoute-t-il aussitôt, « déréglementer ne signifie pas laisser faire » partout ont été mises en place des autorités de régulation indépendantes. On assiste à une situation d’hybridation, selon le même auteur, dans laquelle le marché et l’Etat conjuguent leurs avantages respectifs.

Dans les grandes social-démocraties scandinaves, comme la Suède, les services collectifs sont, par exemple, gérés par des agences de statut privé, que l’Etat met en concurrence entre elles , afin d’obtenir les meilleurs services aux meilleurs coûts. Mais en France aussi, les services publics, se sont adaptés et modernisés. Progressivement et dans une certaine discrétion, le public et le privé s’interpénètrent. Il n’y a plus de frontière étanche entre service public et activité marchande, qui sont de plus en plus considérés comme complémentaires : bien des services publics sont gérés de manière mixte, à travers nos bonnes vieilles délégations, mais aussi grâce à des externalisations, ou encore à ces partenariats public-privé , créés en 2004, dont la France est le pays d’Europe qui y a le plus recours. Ces « PPP » permettent aux collectivités locales, en particulier, de confier à un opérateur privé la construction et l’entretien d’équipements collectifs coûteux, en échange d’un loyer. Dans 90 %, la collectivité commanditaire s’est dite satisfaite du résultat final.

Décidément, le public et le privé ne vivent plus sur des planètes différentes. On ne saurait les opposer systématiquement l’un à l’autre comme le diable et le bon Dieu – chacun identifiant diable et bon Dieu selon son propre prisme idéologique.

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