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Quand l'origine ethnique remplace l'origine de classe

4 min
À retrouver dans l'émission

La une du quotidien Libération d’hier a provoqué un débat sur la Toile qui n’est pas prêt de s’arrêter. Reprenant une critique émise la semaine dernière par SOS Racisme, Libé pointait, en effet, « le nombre infinitésimal de membres de cabinets ministériels issus des immigrations maghrébine et africaine, ainsi que des Dom-Tom ». Ainsi, relevait le quotidien de gauche, si la parité hommes/femmes est scrupuleusement respectée en ce qui concerne les membres du gouvernement (17 femmes pour 17 hommes), si « jamais un gouvernement n’avait accordé autant de place aux Français issus soit de l’immigration, soit des départements d’outre-mer », force est de constater que « cette diversité est quasi-absente des cabinets ministériels ».

Comme la gauche a changé en 30 ans. Les équilibres auxquels devait veiller un Pierre Mauroy en 1981 concernaient d’abord les régions (il fallait équilibrer les ministres bretons (Louis Le Pensec) par des ministres élus des régions de l’Est (Jean-Pierre Chevènement) et un Toulousain (Alain Savary) par un Savoyard (Jean-Pierre Cot). Mais il fallait aussi respecter le dosage entre les courants du PS, tels qu’ils s’étaient dégagés du dernier congrès du parti, tout en faisant leur petite place aux alliés communistes, et en n’oubliant pas les strapontins destinés au MRG.

A présent, donc, l’important est de composer un cabinet où les femmes et les hommes sont en nombre égal et où « les prénoms de consonance non francophone » atteignent un certain seuil – puisque c’est le critère retenu par Libération, qui semble négliger le fait que bien des personnes issues de la « diversité » ont des noms plus franchement francophones que bien des Français de dixième génération… Quelle est la proportion qui semblerait correcte au quotidien de la gauche bobo ? On ne sait pas, puisque, jusqu’à nouvel ordre, les statistiques mesurant la proportion de Français issus de telle ou telle immigration, arborant telle ou telle couleur de peau, sont interdites par nos lois républicaines.

Reste donc cette analyse des clivages de la société en termes de genre et d’appartenance ethnique , qui est une nouveauté, à gauche, où l’on raisonnait traditionnellement en termes de classe sociale, de position occupée au sein des rapports de production, ou de propriété du capital..

Pourquoi le genre ou la couleur de peau seraient-ils davantage qualifiants, pour participer aux équipes gouvernementales que d’autres critères, comme, par exemple, l’appartenance au monde de l’entreprise privée plutôt qu’à la haute fonction publique ? Pour redresser un pays dont la compétitivité s’écroule, et dont les industries se délocalisent, l’urgence est-elle d’augmenter le pourcentage d’énarques issus des Dom-Tom ou de l’immigration dans les cabinets ministériels ?

Depuis quand un ouvrier, mâle et blanc, tombé au chômage en Lorraine est-il socialement moins estimable qu’une jeune femme d’origine maghrébine, issue du meilleur milieu et habitant le centre de Paris ?

La substitution de l’identité de genre ou d’ethnie à l’appartenance de classe témoigne d’une évolution idéologique d’une partie de la gauche. Celle pour laquelle le multiculturalisme remplace le bon vieux socialisme, la diversité, la justice sociale.

Mais elle répond aussi, comme en écho, au discours d’une droite qui, l’échéance électorale approchant, a paru tentée par les appels du pied identitaires aux « Français de souche », présentés comme menacés par l’immigration d’origine extra-européenne. A force d’exalter « l’identité » supposée des autochtones, ne risque-t-on pas de provoquer, par un effet de boomerang , le raidissement identitaire des nouveaux Français sur leur propre culture d’origine ? Après avoir mis en avant la « promotion de la diversité », proposé un concept de « laïcité positive », Nicolas Sarkozy a paru faire machine arrière en cherchant dans l’islam la figure de l’ennemi . Et vous-même, Claude Guéant, ne portez-vous pas une responsabilité dans la montée de ce clivage qui menace de métamorphoser notre République, « une et indivisible », en une mosaïque de communautés, revendiquant pour elles-mêmes des places et des privilèges ? Aujourd’hui, des lois mémorielles, demain des lois catégorielles ?

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