LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Que le meilleur perde !

4 min
À retrouver dans l'émission

Pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il traîné comme un boulet cette Loi TEPA , votée dans l’euphorie de sa victoire, en juillet 2007 ? En abaissant à 50 % du revenu le « bouclier fiscal », on comptait faire rentrer au bercail les riches exilés fiscaux. On n’en a pas croisé des tas au Fouquet’s, mais Sarkozy, lui, s’est collé sur le dos une image de « président des riches » dont il n’est pas parvenu à se défaire, même en détricotant le fameux bouclier. Quant à la défiscalisation des heures supplémentaires, elle avait pour but de contourner la loi sur les 35 heures, sans la remettre en cause frontalement.

Or, voilà deux lois dont la nocivité saute aux yeux. Le « partage du temps de travail » est un mythe national qui a fait long feu. C’est la création de richesses qui favorise l’emploi ; celui-ci ne constitue pas un « gâteau » aux dimensions définitives, dont on pourrait se partager les parts de manière plus ou moins égalitaire. Le salarié français effectue 1 679 heures de travail effectif par an, contre 1 904, pour son collègue allemand. Selon la logique absurde des 35 heures, c’est l’Allemagne qui devrait connaître un taux de chômage élevé, et la France un chômage faible. Or, c’est l’inverse qui est vrai.

A une sottise de gauche, Nicolas Sarkozy a donc répondu par une bêtise de droite : car si le coup de pouce au pouvoir d’achat a été des plus réduits (500 Euros par an) et n’a concerné qu’une minorité de salariés (9 millions), il a été extrêmement coûteux pour les finances de l’Etat. D’ailleurs, c’est l’ensemble des dispositifs de la loi TEPA qui ont été un gouffre. Le manque à gagner, pour l’ensemble de ces lois, a été estimé par les Commissions des finances de l’Assemblée et du Sénat à 10 milliards d’euros en 2008, 13 milliards en 2009, 15 milliards en 2010. L’idée de la droite en 2007 était la même que celle de la gauche en 1981 : relancer la consommation pour doper la croissance . Notre consommation aura surtout servi à financer les entreprises allemandes, chinoises et néerlandaises, puisque notre compétitivité ne cesse de se détériorer face à ces concurrents.

Pourquoi cette prime de 1 000 Euros, annoncée dans la précipitation par le président il y a un an, et qui n’aura bénéficié qu’à quatre millions de salariés, frustrant d’autant plus ceux qui n’auront rien vu passer ? Pourquoi François Hollande prétend-il revenir sur une réforme des retraites dont chacun sait qu’elle était incontournable – même si elle a aura été coûteuse sur le plan politique ?

A toutes ces interrogations, Michel-Antoine Burnier apporte une réponse en forme de paradoxe : si les politiques multiplient les gaffes, les cafouillages, les initiatives désastreuses pour leur propre camp, c’est qu’au fond d’eux-mêmes, ils ne souhaitent pas la victoire, mais la défaite . Son livre, « Que le meilleur perde », qui est une actualisation de celui qu’il avait publié en 1986, avec le politologue Frédéric Bon, se présente comme un manuel de l’insuccès. « Comment déclencher une guerre des chefs ? » « Comment se faire prendre en flagrant délit de mensonge ? », « Comment miner sa base électorale ? »

Le pouvoir est redoutable, il contraint à prendre des décisions qui font nécessairement des mécontents à mettre en application des idées que la réalité ne cesse de contredire. Mieux vaut donc l’opposition. On y vit plus tranquille.

Mais la thèse, défendue avec humour par Michel-Antoine Burnier, est bien plus crédible cette année qu’elle ne l’était lors de la première édition de « Que le meilleur perde », il y a un quart de siècle. La dette publique, en 1986, se montait à 48 % du PIB cette année, elle va dépasser les 90 %...

Comme le souligne l’hebdomadaire, The Economist de cette semaine, la campagne électorale actuelle est totalement déconnectée des réalités. « La France pouvait peut-être vivre à crédit avant la crise financière, lorsque l’emprunt était facile. Plus maintenant. De fait, une France trainarde et non réformée pourrait même se retrouver au centre de la prochaine crise de l’euro . Il n’est pas inhabituel que des politiciens évitent certaines vérités dérangeantes durant les élections ; mais il est plus inhabituel, ces derniers temps en Europe, de les ignorer aussi complètement que les politiciens français le font. »

Sauf si, comme Burnier, on fait l’hypothèse que l’objectif secret est de perdre les élections, afin de ne pas avoir à affronter la colère populaire, quand viendra l’heure de proclamer la même austérité qu’en Espagne ou en Italie – sans avoir prévenu ses électeurs…

L'équipe
Production
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......