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Que reste-t-il du centrisme, quand les classes moyennes sont menacées d'implosion ?

3 min
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On se souvient que Valéry Giscard d’Estaing, dans ses années présidentielles, jugeait que « la France aspire à être gouvernée au centre ». Il tirait cette conclusion d’un constat sociologique : la société de l’époque, celle des années 70, était en voie de « moyennisation ». Une économie en forte croissance, des salaires en augmentation rapide et un système éducatif ouvert et performant favorisait un sentiment d’ascension sociale collective. Le groupe des cadres, qui donnait le ton et incarnait une modernité sans complexe, tirait derrière lui les autres catégories sociales. Tout le monde avait vocation à rejoindre les classes moyennes sur le chemin d’un progrès indéfini.

On voyait en outre se réaliser la prophétie de Daniel Bell et de Raymond Aron quant à « la fin des idéologies ». Avec le reflux des utopies de 68, les grands récits idéologiques, prétendant à la détention des lois du devenir historique, avaient commencé leur reflux. A cette époque, en effet, comme les radicaux durant la III° République, le centrisme incarnait l’aspiration majoritaire.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Aujourd’hui, la société française ressemble de moins en moins à la montgolfière que sa structure évoquait au milieu des années 70 et de plus en plus au sablier qui sert à décrire la société américaine contemporaine. En haut, une masse de super-qualifiés, bien insérés, qui ont vu leurs revenus croître sans cesse jusqu’à la crise en bas, une autre masse, mais sous-payée, celle-là, écopant des nouveaux emplois déqualifiés de la société de service, survivant au cœur même des pays riches comme une sorte de tiers-monde.

Certes, la classe moyenne en France résiste encore à ce schéma et n’a pas été vraiment écartelée. Mais elle éprouve le sentiment d’être attirée vers le bas et non plus vers le haut. Plus grave, elle commence à douter du système social et politique qui lui semble fonctionner de plus en plus mal, et à son détriment. Dans ces conditions, porter le message centriste s’avère décidément bien compliqué.

Comme on sait, c’est devenu encore plus compliqué depuis que le scrutin majoritaire à deux tours a condamné notre vie politique à la bipolarisation. Les centres ont été laminés par la Constitution de la V° République. Marginalisés, ils ont été condamnés au rôle de force d’appoint des deux coalitions opposées qui structurent notre vie politique. Les héritiers du vieux radicalisme, cette épine dorsale de notre vie politique durant un bon demi-siècle, se font la guerre. C’est, curieusement, le fils de la démocratie-chrétienne qui semble porter avec le plus de succès l’idéal centriste. François Bayrou vient de percer le mur du chiffre des dizaines dans les sondages. Loin derrière, Hervé Morin et à présent Dominique de Villepin vont tenter de lui disputer cet électorat qu’on connaît mal. Vous avez connu cette tentation, et puis vous avez renoncé. Vous prétendez utiliser votre liberté retrouvée, le franc-parler qu’on vous connaît, pour« peser ». Sur qui au juste et dans quel sens ?

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