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Quel "déclin américain" ?

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Il est rare qu’un politologue, surtout s’il s’est inscrit un temps dans le courant néo-conservateur soit à la fois encensé par Barack Obama et utilisé par Mitt Romney comme conseiller. Tel est pourtant le cas de Robert Kagan , avec son dernier essai, « The World America Made ». Pourquoi les analyses de Kagan semble-t-elles bénéficier ainsi d’une sorte d’unanimité électorale ?

Dans la préface à son essai classique d’histoire contemporaine consacré à la diplomatie des Etats-Unis, La République impériale, Raymond Aron écrivait :

« Selon que les armées amenaient avec elles liberté ou despotisme, développement économique ou stagnation, une élite modernisatrice ou réactionnaire, le rôle impérial apparaît bienfaisant ou haïssable . Rétrospectivement, les historiens attachent plus d’importance à cet aspect de la diplomatie des Grands qu’à la conformité au droit international de telle ou telle décision. » (Une histoire du XX° siècle t. 1 p. 542)

Cette idée est tout à fait conforme à l’esprit qui préside à ce nouvel essai de Robert Kagan, dont la traduction française vient de paraître, avec une préface élogieuse d’Hubert Védrine sous le titre « l’ordre mondial américain », titre qui ne rend qu’imparfaitement l’idée du titre original et dont le sous-titre, « les conséquences d’un déclin », contredit, il faut le souligner, le propos qui est celui du livre... puisque celui-ci est notamment consacré à discuter la réalité de ce déclin et surtout son inéluctabilité.

Le pays le plus puissant d’une époque historique, dit Kagan, est celui qui en définit les normes – qu’elles soient juridiques, commerciales ou intellectuelles. Aussi n’est-il pas anodin que ce pays le plus puissant soit une démocratie ouverte ou une dictature policière. Car l’ordre international qui s’est construit, dans l’opposition stratégique à l’empire soviétique, et qui a triomphé lors de son écroulement, à la fin des années 80, est de nature libérale. C’est celui que nous connaissons. Il a bien des défauts, mais il aura épargné à trois générations successives les « guerres totales » qui avaient dévasté le monde durant la première moitié du XX° siècle. Et il aura été l’occasion de la croissance économique la plus impressionnante qu’ait connue l’humanité au cours de toute son histoire. La démocratie plutôt que la dictature, le libéralisme et non le totalitarisme soviétique, le commerce et la liberté des mers plutôt que la guerre de conquête, ce sont « les meilleures idées » qui l’ont emporté.

Or, met en garde Robert Kagan, « la meilleure idée ne gagne pas parce qu’elle est la meilleure idée, mais parce qu’elle est défendue par le pouvoir le plus fort . » (p. 40) Dans les années 30 aussi, la démocratie était « la meilleure idée », mais ce sont pourtant les totalitarismes qui l’ont emporté. Il n’y a pas de raison de croire que la démocratisation du monde répond à une providence historique – contrairement à ce que croit Fukuyama – ni que la démocratie soit un acquis irréversible.

Les Etats-Unis, relève Kagan, n’ont pas toujours soutenu et encouragé les gouvernements démocratiques en Iran ils ont contribué à abattre le régime de Mossadegh en 1953, et celui de Salvador Allende au Chili, en 1973. Mais un tournant a été pris sous Jimmy Carter en faveur du soutien aux militants des droits de l’homme à travers le monde. Et ses successeurs à la Maison Blanche ont depuis adopté cette ligne de conduite, parce qu’elle s’est révélées être dans l’intérêt des Etats-Unis.

Ce pays est ainsi devenu le garant à la fois d’un ordre international relativement pacifique et de la poursuite des vagues démocratiques qui parcourent le mond e, dont la dernière en date est en train de secouer le monde arabe. Si les Etats-Unis sont et de loin le pays auxquels le plus grand nombre de nations sont liées par des traités de coopération et de défense mutuelle, poursuit Kagan, ce n’est pas par hasard. La Pax Americana leur a été bénéfique. La plupart des Etats de la planète savent qu’ils ont des raisons de s’inquiéter d’un éventuel déclin des Etats-Unis. D’ailleurs, celui-ci est loin d’être évident, selon Robert Kagan, qui rappelle aux Américains les capacités d’adaptation et d’innovation inégalables que leur système leur permet.

Reste à savoir l’usage que fera Obama, ou bien Romney de ces prescriptions, selon le nom de celui qui sortira des urnes mardi…

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