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Quel dialogue avec une kalachnikov ?

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Le célèbre chroniqueur Pierre Murat , dans un article imprimé en travers du dernier Télérama s’inquiète pour le cinéma français. « Chaque semaine, écrit-il, sortent des nullités terrifiantes dont on se demande qui a pu les financer, qui a pu y croire rien qu’un instant. » Et de dénoncer « Banalité, polars à la traîne et comédies poussives ». Bref, un retour vers la « qualité France » des années 50, dénoncées par les Jeunes Turcs des Cahiers du Cinéma. Pourquoi ce manque d’audace ? Pêle-mêle, parce que l’Avance sur recettes, censée aider les cinéastes à préfinancer leurs films, semble ne prêter qu’à des potes » que les « chaînes de télé, muselées par la crise, musellent les talents ». Faites preuve d’audace, écrit-il, pour le résumer. Produisez moins, mais produisez mieux. Renoncez – je cite encore – aux « oeuvrettes qui plaisent à tout le monde ».

Les trois cinéastes que vous avez choisis ce matin, Marc Voinchet, semblent avoir répondu d’avance à cette injonction à l’originalité, si j’en crois les critiques, qui n’ont pas chômé depuis hier.

Pierre Murat, toujours lui, fait un peu la fine bouche pour « Party Girl », mais Le Nouvel Obs adore. Murat juge le film de Claire Burger, Marie Amakoucheli et Samuel Theis « touchant ». Il souligne que le scénario de ce mariage improbable entre une entraîneuse soixantenaire et un bon gros retraité, propriétaire d’un pavillon à Forbach, est plus ou moins librement adapté de la vie réelle de la mère du 3° co-réalisateur, Samuel Theis et que celle-ci joue son propre rôle. Alors, forcément, « on est en plein naturalisme ». Mais le critique de Télérama trouve le film « tendre et touchant ». Ceux du Nouvel Obs ont trouvé que Angélique Litzenburger, avec « son énergie de vie démente », allait devenir la star de la Croisette ». Ils aiment les scènes de couple qui « se tiennent sur le fil du rasoir du tragicomique ».

Djinn Carrénard, c’est l’anti-qualité France : il fait du cinéma comme on fait la guérilla. Il le confie lui-même dans une interview : « J’ai failli devenir le rebelle complètement fou, qui va mal finir ». Depuis, il travaille « à se créer une nouvelle étiquette ». FLA , une histoire de rencontres improbables. La méthode : « mon cinéma, c’est comme essayer de draguer dans la rue, la nuit. Si on réussit, c’est magique. Si on loupe, personne ne t’en voudra d’avoir essayé ». Alors « FLA », c’est réussi ? Ou c’est loupé ? Pécho ou recalé ?

Quant Timbuktu , d’Abderrahmane Sissako, c’est, nous dit-on, un film à thèse. Guillaume Loison lui reconnaît « une ouverture intrigante par sa poésie sèche », mais lui reproche sa « lourdeur didactique ». Mais comment faire comprendre à un public en nœuds papillons et robe du soir à quoi ressemble l’occupation d’une petite ville du Nord-Mali par une bande de djihadistes fanatisés ? Des hommes qui font irruption chez vous, kalachnikov à la main, avec la prétention de vous remettre dans le droit chemin du véritable islam, en vous interdisant tout ce qui fait la vie des gens : la danse, la musique, le foot. Face à ces envahisseurs étranges, des musulmans pieux et dignes, qui n’ont pas besoin que des hommes en armes viennent leur dire de quelle manière il faut prier. On connaît par cœur la réplique fameuse : « je ne discute jamais avec quelqu’un qui braque un pistolet sur moi ». Oui, quel genre de dialogue peut-on nouer avec un fanatique enturbanné équipé d’une kalachnikov, pour lequel votre vie est sans valeur ?

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