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A quel jeu joue le Qatar ?

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À retrouver dans l'émission

La cause est entendue : le minuscule émirat du Qatar, premier producteur de gaz liquide de la planète et détenteur des 3° réserves de mondiales de gaz prouvées, est à la fois fabuleusement riche et terriblement complexé. Aux avant-postes d’une guerre froide, qui oppose l’Arabie sunnite à l’Iran chiite, il redoute de subir un jour le choc du heurt entre ces deux puissances, comme le Koweït fit autrefois les frais de la guerre Iran/Irak. Face aux grands frères saoudiens, il veut être reconnu et considéré.

Allié privilégié des Etats-Unis, qui ont soutenu le coup d’Etat de l’actuel émir Cheikh Hamad ben Khalifa contre son père, en 1995, il souhaite diversifier ses relations occidentales . Il veut à la fois investir ses milliards en prévision du jour lointain où ses réserves seront épuisées et également exister sur la scène internationale, jouer dans la cour des grands, afin d’assurer sa survie en tant qu’Etat.

Et il y a fort bien réussi en devenant, à coups de milliards investis et de programmes de « sa » chaîne de télévision, Al Jazeera, un véritable soft power mondial .

Rappelons que c’est le Qatar qui a financé la construction de la Shard Tower de Londres , le gratte-ciel le plus haut d’Europe, avec 309 mètres de haut, dessiné par Renzo Piano. Il a des participations dans la Barclays, possède le magasin Harrods, en ce qui concerne Londres, où il vient d’annoncer des projets d’investissements supplémentaires pour un montant de 11 milliards et demi d’euros.

En France, le Qatar s’est offert , outre le symbolique club de football Paris-Saint-Germain, 3% de Total, 12 % de Lagardère, 5% de Veolia, 3% de Vivendi, 1 % de LVMH. Il possède en outre plusieurs de nos grands hôtels et palaces : le Martinez et le Carlton, à Cannes, le Palais de la Méditerranée, à Nice, les hôtels Majestic, l’ex-Royal Monceau, le magnifique hôtel Lambert qui, durant le XIX°, alors qu’il était la propriété du prince Czartoryski, abrita le lobby polonais de Paris.

Si le minuscule émirat nous inquiète, c’est parce qu’avec lui, comme avec tous ces Etats rentiers et autres champions du commerce international, qui viennent investir chez nous à l’aide de fonds souverains, on ne sait jamais où s’arrête l’honnête désir de faire fructifier des réserves de change accumulées, et où commence la volonté d’influencer notre politique . On l’a trop peu souligné, mais plusieurs échecs récents de notre diplomatie commerciale en Arabie saoudite ou dans les Emirats arabes unis ont eu pour cause des liens jugés trop étroits de Paris avec Doha. C’était visiblement le cas de l’ancien président Sarkozy et de son épouse avec le cheikh Ben Khalifa et l’une de ses épouses, la très médiatique cheikha Mozah. L’ancien président de la République n’avait-il pas concédé aux Qataris désireux d’investir sur notre sol un régime de faveur , comprenant une exonération de la taxe sur les plus-values immobilières et une dispense d’ISF durant les cinq premières années de résidence en France ? On ne sache pas que le nouveau gouvernement soit revenu sur ces bontés. D’ailleurs, le lobby pro-qatar i recrute tant à droite qu’à gauche, dans la classe politique comme sans doute aussi, dans les médias et les labos de recherche.

Le Qatar inquiète aussi parce qu’il incarne, d'une part, un islam moderne, en phase avec la mondialisation, qui a très habilement su discerner l’aspiration révolutionnaire des peuples arabes et a mis à leur service le formidable outil d’information – et de propagande – qu’est sa chaîne Al Jazeera. Mais, d'autre part, l’émirat est aussi le protecteur attitré des Frères musulmans et le sponsor du Hamas . Il est avec nous, lorsque nous aidons les insurgés libyens à se débarrasser de Kadhafi, mais lorsque nous allons chasser les djihadistes du Mali, nous découvrons qu’ils sont équipés via nos amis qataris…. Et lorsque le Qatar décide de miser sur la créativité de nos banlieues, on se demande s’il le fait pour faire avancer la cause de l’esprit d’entreprise ou bien celle de l’islam…

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