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Quel modèle turc ?

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Le Printemps arabe débouche donc sur une sorte de « révolution conservatrice ». En Tunisie, comme en Egypte ou au Maroc, ce sont des islamistes réputés « modérés » qui remportent les élections, aussitôt que les celles-ci sont libres. En Egypte, les 2/3 des voix vont aux partis islamistes le parti « modéré » des Frères Musulmans, mais aussi les salafistes d’Al Nour, qui rêvent, eux, carrément, d’une théocratie sur le modèle des talibans…

Laïcs, libéraux et progressistes, qui ont été le fer de lance de la Révolution, risquent de devenir les victimes de la démocratie. Sait-on que même dans la paisible et moderne Tunisie, sont apparus récemment des « comités de prévention du vice » qui entendent inciter les jeunes filles à la « pudeur islamique »… à coups de bâtons. Trois jours d’affrontement ont eu lieu, la semaine dernière, sur le campus de l’Université Manouba de Tunis entre étudiants et islamistes ces derniers ont séquestré et violenté le doyen Habib Kazdaghli. Ils lui réclament des salles de prière, l’interdiction aux professeurs hommes d’enseigner aux jeunes filles, la séparation de ces dernières d’avec leurs collègues masculins durant les cours.

Ici, on évite d’en parler. Nos diplomates, qui ont trop longtemps misé sur des despotes nationalistes lorsqu’ils se présentaient comme l’ultime rempart contre Al-Qaïda, ont viré de bord d’une manière un peu ridicule. Loin de miser sur les militaires, comme ils l’ont fait en Algérie en 1992, ils tentent, cette fois, de faire, comme on dit « contre mauvaise fortune bon cœur ». Et ils se consolent en évoquant l’islamisme light, le « modèle turc ».

Alors, c’est vrai, il y a le « modèle turc », qui démontre, en effet, qu’un parti islamiste modéré peut gouverner de manière démocratique un Etat sécularisé. Or, de Rached Ghannouchi, le leader de Ennahda en Tunisie, au maréchal Tantaoui, chef d’Etat de fait de l’Egypte, tout le monde, en ce moment, prône ce « modèle turc ». Mais est-il transposable tel quel en Afrique du Nord et au Moyen Orient ?

La sécularisation y a été imposée de longue date à la société de manière autoritaire par le fondateur de la République. Et depuis Kemal Atatuk, l’armée a veillé sur le caractère laïc du régime. Le reflux des militaires, réclamé par l’Union européenne, pose d’ailleurs un problème : l’ancien ordre reposait sur un équilibre des pouvoirs entre le gouvernement civil, d’une part, l’armée et la justice, de l’autre. Aujourd’hui, dix pour cent des généraux sont en prison, et le parti au pouvoir ne rencontre plus d’obstacle à sa volonté de puissance.

Le cas turc est particulier, aussi, parce que l’économie, autrefois fermée et contrôlée par l’Etat, a été profondément libéralisée depuis 1980. Et l’union douanière avec l’Union européenne a accéléré cette libéralisation. Une classe d’entrepreneurs , anatoliens en particulier, très actifs a fortement contribué à enrichir le pays, qui est devenu la 16 ° puissance économique du monde. Or, ces petits producteurs se sont émancipés de l’Etat ils ne dépendent pas de la rente pétrolière ou gazière, comme dans nombre de pays arabes.

Enfin, la Turquie a des liens solides avec l’Occident : elle est membre de l’OTAN, du Conseil de l’Europe et demeure candidate à l’Union européenne, même si son adhésion n’est plus d’une brûlante actualité.

Pour toutes ces raisons, le « modèle turc » peut rester une inspiration pour les nouveaux gouvernements issus des révolutions arabes, mais ne saurait être transposé tel quel. Quant à l’islamisme modéré, on sait ce qu’en pense la Secrétaire d’Etat à la jeunesse, Jeannette Bougrab : « il n’y a pas de charia light ».

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