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Quel rôle pour l'UE dans le conflit israélo-palestinien ?

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Certes, l’Europe n’apparaît pas comme le parrain des rares avancées enregistrées dans les relations entre Israël et les Palestiniens, comme les Accords d’Oslo - ce rôle est réservé aux Américains. Cependant, notre UE joue, sur place, un rôle décisif.

Dans une étude pour le think tank américain Carnegie Endowment, Richard Youngs rappelle que l’Union européenne a été, et de loin, le premier donateur de l’Autorité palestinienne . L’aide financière prodiguée par l’UE en tant qu’institution, additionnée à celle fournie par les différents gouvernements européens, se monte à plusieurs milliards d’euros. Aucune autre région du monde n’a bénéficié, de la part de l’Europe, d’une aide aussi massive par habitant. Or, écrit Richard Youngs, cette aide s’inscrivait dans le cadre d’une stratégie précise : la création et la consolidation d’institutions para-étatiques palestiniennes solides , capables de fonctionner le jour où un accord de paix interviendrait enfin entre l’Autorité palestinienne et un gouvernement israélien.

L’UE visait la marginalisation du Hamas, qu’elle considère comme un mouvement terroriste, et la restauration de l’Autorité palestinienne sur Gaza. L’accord donné par ce parti islamiste à la constitution d’un « gouvernement de réconciliation » avec l’OLP est apparu comme prometteur . Elle concrétisait l’isolement international du Hamas et son affaiblissement. Branche palestinienne des Frères musulmans, il avait perdu le soutien de l’Egypte, avec l’emprisonnement du président Morsi, celui de la Syrie d’el-Assad, à cause de son soutien à la rébellion sunnite, celui de l’Iran, dont proviennent la plupart de ses armements, notamment les milliers de roquettes qu’il a tirées sur Israël, l’été dernier.

Mais l’opération « Bordure protectrice », lancée par Israël contre Gaza, durant l’été dernier, pour mettre fin à cette campagne de tirs sur les villes du Sud du pays, a remis en selle le Hamas, devenu très populaire parmi la population palestinienne de Cisjordanie. Et cela remet sérieusement en cause la politique européenne.

D’abord parce que la perspective d’un accord de paix n’a jamais paru si lointaine. Les relations se tendent, à la suite de nouveaux attentats , notamment celui commis, la semaine dernière, par deux Palestiniens contre une synagogue de Jérusalem, où quatre Juifs en prière et un policier druze ont été tués.

Ensuite parce que ce climat ne peut que renforcer Benjamin Netanyahou , qui sortira à nouveau vainqueur des élections prévues l’an prochain en Israël. Or, les relations désastreuses existant entre lui et le président américain empêcheront ce dernier de jouer le rôle de médiateur que les Etats-Unis se sont attribués.

Parce que les Etats membres de l’Union européenne se sont engagés à participer généreusement à la reconstruction de Gaza, et que les sommes qui y seront consacrées (un demi-milliard d’euros) seront en partie prélevées sur les aides financières destinées à l’Autorité palestinienne.

Enfin, parce que celle-ci inefficace et corrompue . L’appareil judiciaire manque d’indépendance, les procédures a minima d’un fonctionnement démocratique ne sont pas respectées – le Conseil législatif palestinien n’a pas été convoqué depuis 2007, l’exécutif n’est pas contrôlé. Les emplois de « fonctionnaires » payés dans une large mesure par l’UE ne sont que des sinécures où le Fatah place ses amis et clients. Enfin, depuis la démission du premier ministre Salam Fayyad , l’économie des territoires occupés de Cisjordanie a replongé dans la corruption et le népotisme. La « bonne gouvernance » que l’Union européenne est censée inculquer fait cruellement défaut.

Quel sens faut-il donner, dans ce contexte, à la décision du gouvernement suédois de reconnaître, malgré son triste état, un gouvernement palestinien ? Au vote par la Chambre des communes britanniques d’une invitation faite au gouvernement de sa Gracieuse Majesté d’une faire de même, qui sera probablement suivi d’un vote dans le même sens à l’Assemblée nationale, le 2 décembre ? Cela prélude-t-il à un changement radical de la diplomatie européenne ? Et dans quel sens ?

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